Un tube au box-office

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Par Robert Jack

Le Tube – l’emblématique métro londonien – a servi de décor à de nombreux films qui ont fait les beaux jours du box-office. De Jason Bourne – La vengeance dans la peau –, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, V pour Vendetta, jusqu’aux programmes les plus populaires du petit écran, le métro fait le plein de succès.

Vous avez peut-être vu cette impressionnante scène d’action dans Skyfall où 007, alias Daniel Craig, poursuit Silva, joué par Javier Bardem, dans le métro de Londres ?

Kate Reston, Directrice du Département Film de Transport for London (TfL), était aux premières loges. Et c’est même l’une des scènes qu’elle a préférée.
Bien que relativement court, ce concentré d’action est le résultat d’un long travail, d’une extrême minutie. Kate Reston a planché sur le projet pendant 14 mois, pour seulement trois semaines de tournage sur site.

Sorti en 2012, ce blockbuster est l’une des nombreuses productions pour le cinéma et pour la télévision à avoir mis à l’honneur le célèbre Tube de la capitale anglaise auprès d’audiences internationales. La vengeance dans la peau, Harry Potter et l’Ordre du Phénix, V pour Vendetta figurent au nombre des grandes réalisations cinématographiques en partie filmées dans le métro londonien. La télévision n’est pas en reste, avec des séries comme Sherlock et Sense8.

Londres, un terrain de jeu privilégié

Depuis 1992, Kate Reston apporte son concours aux productions réalisées dans le métro londonien. Tout cela relevait auparavant des fonctions du service de presse, avant qu’un département dédié ne soit créé pour traiter les demandes, superviser les tournages, assurer la liaison avec les techniciens et les équipes opérationnelles, et veiller à ce que tout se déroule en toute sécurité. Cette année, Kate Reston et son équipe assument également la responsabilité des tournages dans d’autres lieux du réseau Transport for London (TfL), qu’il s’agisse du Docklands Light Railway (DLR) ou du réseau de surface London Overground. Les tournages réalisés à bord des bus londoniens sont pour leur part supervisés par des opérateurs privés. Le plus ancien métro du monde est une source inépuisable de décors pour les réalisateurs, de l’Art Déco des années 30 jusqu’aux stations futuristes de la Jubilee Line. On a même été jusqu’à transformer Canary Wharf en station spatiale pour les besoins du dernier opus de Star Wars – Rogue One : A Star Wars story.

Protéger la marque avant tout

« Le métro de Londres est unique, note avec ferveur Kate Reston. S’il bénéficie d’une image aussi forte dans le monde, c’est aussi parce que nous nous sommes efforcés, au fil des ans, de protéger l’intégrité de la marque que représente London Underground, et la façon de l’utiliser. » Quelque 500 demandes de tournage lui parviennent chaque année, allant de groupes d’étudiants jusqu’aux chaînes de télévision, en passant par les plus grands studios de cinéma. Le coût d’un permis de filmer sur site débute à 680 euros de l’heure, pour une équipe de cinq personnes au maximum.

Les grandes productions requièrent des équipes plus nombreuses, et beaucoup plus de travail. Chaque année, le Film Office accueille six à 12 tournages, et les scénarios doivent être approuvés préalablement à toute obtention d’autorisation. TfL n’autorise pas le tournage de scènes incluant du vandalisme ou des graffitis, ni des violences faites aux passagers ou au personnel, pas plus que des scènes de fraude ou de suicide. « Vous ne verrez jamais une compagnie aérienne associer son nom à un film relatant un accident d’avion, fait observer Kate Reston. C’est notre marque, notre entreprise, et nous avons nécessairement notre mot à dire sur ce que peut filmer une équipe de cinéma. »

Un grand choix de lieux de tournage

Skyfall a été en partie tourné sur les quais de la Jubilee Line, à Charing Cross, partiellement délaissés depuis l’extension de la ligne vers l’Est, en 1999. Ces quais sont utilisés à des fins de formation et, à l’occasion, pour procéder si nécessaire à une régulation du service sur la ligne. Ils constituent de fait un site idéal pour procéder à un tournage, en l’absence de tout passager. D’autres options s’offrent également aux réalisateurs. Avec notamment les 2,4 km de la Waterloo & City Line, fermée le dimanche, et la station d’Aldwich, qui n’est plus utilisée. Mais les tournages interviennent aussi sur le réseau en activité, pendant les heures creuses, et éventuellement en soirée et pendant le week-end. Entre le Tube, l’Overground, DLR, TfL Rail et les télécabines d’Emirates Air Line, ce sont plus de 400 sites qui peuvent ainsi être mis à profit. L’équipe experte de Kate Reston accompagne toutes les équipes de tournage pour veiller à la sécurité, et s’assurer que les voyageurs ne sont pas importunés. L’année dernière, les voyageurs se rendant à Woolwich Arsenal par le DLR ont eu la surprise de se retrouver à Athènes. Les panneaux de la station étaient écrits en grec pour le tournage du nouvel opus de Jason Bourne. Une partie de la station avait dû être fermée, mais le service restait assuré sur la ligne, et de nombreux voyageurs ont pu apercevoir Matt Damon « himself ».

Avantages multiples

Actuellement, ces tournages rapportent 570 000 euros à TfL chaque année. Une coquette somme réinvestie directement dans le réseau de transport, en fonction des besoins prioritaires. Ces revenus « hors billetterie » s’avèrent particulièrement importants puisque TfL ne recevra plus aucun financement gouvernemental, dès l’année prochaine, pour aider au fonctionnement quotidien des services de transport. Et l’économie britannique y trouve également son compte. Selon VisitBritain, l’office de tourisme de Grande Bretagne, plus du tiers de tous les visiteurs potentiels souhaitent voir les lieux qu’ils ont découverts et appréciés sur grand écran. Un constat gratifiant pour les équipes qui travaillent sur les réseaux. « Je suis une inconditionnelle du London Undergound. C’est un réseau de transport très étonnant, et c’est vraiment fantastique de voir qu’autant de professionnels veulent l’utiliser dans leurs films, se félicite Kate Reston. Nous encourageons vivement toutes les initiatives de tournage dans le Tube, ou sur d’autres réseaux de TfL. ».


« Qu’il s’agisse de filmer des danseurs dans des tunnels, Spiderman prenant le Tube, un astronaute devant un distributeur de billets, ou des soldats impériaux dévalant un escalator, je ne m’ennuie jamais. Chaque tâche est différente. Ce travail m’a appris qu’il faut s’attendre à tout, à chaque instant.
Le contraste est saisissant entre le monde du cinéma et celui des transports publics, notamment lorsque coiffeuses et maquilleuses préparent les acteurs, aux côtés des équipes du Film Office dans leurs gilets réfléchissants – pas très glamours – distillant leurs instructions aux techniciens.
Un jour, à l’occasion d’une scène filmée dans une station avec un acteur très célèbre, un pavillon a même été dressé, avec moquette, fauteuil, repose-pieds, coiffeuse et climatisation !
La plupart des stars que je rencontre sont très intéressées par le réseau de transport et son environnement. Elles imaginent rarement le travail qui se déroule en coulisse, au niveau de TfL, ni les incroyables ressources qu’offre le réseau au cinéma. »

Karen Pegram

Responsable opérationnelle du Département Film de Transport for London


 

Un tube au box-office

Pour le tournage de Skyfall, Javier Bardem (en policeman) et Sam Mendes, le réalisateur, ont dû dévaler la rampe d’un escalator sur l’arrière-train, à Charing Cross. Ce que l’on ignore, c’est qu’ils ont dû surélever leur glissade à l’aide d’un matériel spécialement conçu pour éviter les panneaux de signalétique « Stand on the right ».

Un tube au box-office

Le tournage d’une scène pour Harry Potter et l’Ordre du Phénix s’est déroulé à la station de métro Westminster, un dimanche de 2006. Dans le film, arrivé sur le quai, le personnage d’Arthur Weasley exprime son étonnement :
« Des trains souterrains ! Ingénieux, ces Moldus ! ».

Un tube au box-office

En 2016, pour filmer une scène de La chute de Londres, un impressionnant film d’action, le scénario prévoyait un cratère de bombe à la gare de Charing Cross, en plein coeur de la capitale. Pour le simuler, une image 3D a été collée au sol, mais Kate Reston, Directrice du Département Film de Transport for London, se souvient que l’effet était si saisissant que « les gens contournaient le cratère, tant l’effet visuel paraissait réel ».

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