Un retour aux origines de la création

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Alors que le Festival de Melbourne peaufine son programme 2018, qui sera rendu public fin juillet, nous nous sommes entretenus avec son directeur artistique, Jonathan Holloway, pour en savoir plus sur le projet « Melbourne Art Trams ».

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Le projet « transporting art » a d’abord existe de 1978 à 1993. quand a-t-il été relancé, et quel rôle y occupez-vous ?

Le projet a été repris en 2013 sous le nom de « Melbourne Art Trams », sous l’impulsion de Josephine Ridge, la directrice artistique de l’époque. Depuis 3 ans, je suis chargé de définir  la vision, la programmation et le contenu de chaque édition du Festival de Melbourne, dont fait partie le projet Melbourne Art Trams.

Comment travaillez-vous au lancement de chaque édition de Melbourne art trams ?

Et bien, tout part d’une véritable collaboration entre les 4 partenaires du projet : le Festival de Melbourne, Creative Victoria (l’agence gouvernementale de l’État du Victoria (Australie) dédiée à la promotion des arts), Public Transport Victoria (ou PTV, les Autorités Organisatrices de transports de l’État du Victoria), et Yarra Trams, l’opérateur du réseau.

Creative Victoria et PTV apportent un soutien financier, et contribuent au marketing, à l’engagement des parties prenantes et à la supervision du projet. Pour sa part, Yarra Trams assure la logistique, fournit également un appui aux actions de marketing, et prodigue ses conseils sur le pilotage du projet.

Bien évidemment, chaque partenaire du projet vise des objectifs différents en soutenant Melbourne Art Trams, et chacun mesure le succès de l’opération de diverses façons. Pour le Festival de Melbourne, il s’agit d’organiser chaque année un événement artistique à la hauteur de sa réputation. Il nous permet aussi de travailler avec certains de nos partenaires privilégiés, et donne aux artistes l’occasion de s’exprimer de cette façon dynamique.

Quelles sont les différentes étapes du projet ?

Nous commençons par lancer un appel public destiné aux artistes en février. Tous les artistes sont éligibles : du moment qu’ils habitent dans l’État du Victoria, ils peuvent déposer leur candidature. L’appel se conclut en mai, puis un jury constitué des différents partenaires se réunit pour choisir les huit propositions lauréates. La liste des artistes retenus est alors annoncée en juillet dans le programme du Festival. Ils commencent à travailler avec Yarra Trams à l’adaptation de leur visuel aux spécificités des différents modèles de tramway qui leur ont été attribués.

Yarra Trams et nos équipes de design passent ensuite à la mise en œuvre et à l’’installation des toiles qui recouvrent  les trams en vue de leur lancement en octobre, en parallèle de l’édition annuelle du Festival de Melbourne. Les huit trams ainsi décorés roulent sur le réseau de Melbourne d’octobre jusqu’en avril. Et même si de nos jours, les artistes disposent d’une large gamme de supports et de plateformes pour présenter leurs œuvres, voir leur travail affiché sur un tramway de 20 tonnes pendant six mois est une expérience unique !

Quels sont les critères de sélection des artistes ?

Nous nous attachons à mettre en avant un panel d’artistes représentatifs de toutes les communautés de Melbourne. Nous souhaitons également qu’au moins un tram soit habillé par un artiste émergent. De plus, un tram sur les huit est désigné « Tram de la communauté », et les artistes sont spécifiquement invités à soumettre une création qui présente leur vision de la communauté locale : celle à laquelle ils appartiennent, au sein de laquelle ils vivent ou travaillent, leur école, ou toute autre interprétation de ce qui constitue une communauté. En 2017 par exemple, ce tram a été paré d’une œuvre produite par les parents et enfants d’une école primaire locale.

Mais ce qui importe le plus, c’est que notre sélection reflète la diversité de Melbourne, que les artistes soient des professionnels aguerris ou des jeunes talents, natifs de la ville ou ayant d’autres origines etc.

Selon vous, en quoi le projet s’inscrit-il dans la programmation du festival de Melbourne ?

Le Festival de Melbourne est au cœur de la culture artistique de la ville, et offre aux spectateurs des expériences uniques qui les rassemblent. C’est l’évènement culturel le plus important de l’État de Victoria. Notre tâche est d’y présenter des œuvres majeures du monde entier, pour célébrer toutes les raisons pour lesquelles il fait si bon vivre ici. L’année dernière, nous avons enregistré plus de 100 000 visites payantes, et dépassé les 3 millions de dollars australiens de revenus pour la seconde fois en 35 ans ! Le Festival amène à Melbourne des œuvres qui ne seraient autrement pas exposées dans la ville. Ce faisant, il offre aux spectateurs des expériences et des perspectives extraordinaires sur le monde qui nous entoure. Notre public est incroyablement divers, et incarne la réalité de notre État aujourd’hui.

Alors que nous nous efforçons de faire bouger les lignes dans les arts et la culture, le projet Melbourne Art Trams est idéal : il met Melbourne et ses artistes à l’honneur, et tisse un lien fort au sein de notre communauté grâce à ce réseau de trams, si caractéristique de la ville… et l’un des plus grands au monde ! Il faut aussi dire que ce réseau réunit des gens ambitieux, des gens compétents qui mettent tout en œuvre pour faire circuler les trams à l’heure.

Comment évaluez-vous le succès de Melbourne art trams ?

Le nombre de passagers, et donc de « vues » des œuvres, est évidemment énorme. Plus d’1,8 million de passagers prennent place à bord d’un tramway décoré par le Melbourne Art Tram d’octobre à avril, et de nombreux autres peuvent les admirer lors de leurs déplacements dans la ville. Un autre indicateur majeur est le très haut niveau d’engagement sur les réseaux sociaux, avec plus de 5,2 millions d’internautes atteints jusqu’ici au cours du projet de 2017/2018. Je suis vraiment convaincu que la véritable récompense est de voir l’implication et le plaisir que les tramways suscitent !

Dans notre ère saturée d’images commerciales, les Melbourne Art Trams sont un merveilleux retour aux origines de la création. La beauté de ces lourdes et immenses bêtes tant choyées qui tous les jours traversent la ville est émouvante. Je crois que c’est pour cela que le projet est aussi apprécié, comme l’atteste le déluge constant de commentaires positifs du public, au niveau local comme international. Pour moi, c’est l’engagement et le plaisir que les tramways font naître qui sont la plus belle récompense. Et j’avoue que j’adore ce projet tout autant que le public. L’un de mes souvenirs préférés de l’année est la première fois que je suis allé au travail à bord d’un des trams décorés !


CHIFFRES CLÉS

  • 5e édition
  • 21 lignes de tramway
  • 8 artistes de l’État du Victoria
  • Plus d’1,8 million de passagers

Jonathan Holloway

a travaillé pendant plus de vingt ans en tant que directeur artistique international. Aujourd’hui directeur artistique du Festival de Melbourne, il a précédemment établi et dirigé le département événementiel du Théâtre national, a occupé le poste de directeur artistique et directeur général du Festival de Norfolk et Norwich, et plus récemment celui de directeur artistique du Festival international des arts de Perth, qui a connu son apogée avec le spectacle des « Géants » de la compagnie Royal de Luxe, l’un des événements artistiques les plus importants jamais organisés en Australie.

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