Sûreté : 5 pistes pour gagner

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Par Adeline Tissier

Poreux aux problématiques de sûreté de la voie publique, les transports en commun sont aussi confrontés à des nuisances spécifiques liées au respect des règles d’usage et aux difficultés de coexistence dans un espace partagé. Face à ces enjeux, les Autorités Organisatrices et les opérateurs de mobilité français enrichissent leur stratégie autour du triptyque prévention-dissuasion-répression. Pulse fait le point sur les leviers d’une action plus efficace.

En France, les tendances récentes (entre 2019 et 2021) sont à la baisse sensible des vols à la tire et des atteintes physiques non motivées par le vol. Mais dans le même temps, les vols commis avec violence ou sous la menace progressent. De son côté, l’UTP (Union des Transports Publics et ferroviaires) constate une hausse de la fraude, des ports d’armes prohibées et l’émergence du « transport surfing » – des déplacements sur les toits ou à l’arrière des véhicules – qui, au-delà de sa dangerosité, perturbe fortement le trafic. La crise sanitaire, avec les gestes barrières, a aussi exacerbé les tensions et l’agressivité entre voyageurs et vis-à-vis du personnel des exploitants.

DES INDICATEURS QUANTITATIFS POUR PILOTER L’ACTION

Pour autant, le risque est grand de surinterpréter des faits graves mais isolés. Ou au contraire, de laisser passer sous les radars des incivilités qui accroissent le sentiment d’insécurité des voyageurs. Suivre l’évolution de ces phénomènes de délinquance et comprendre leur ampleur réelle implique avant tout de croiser les données de toutes les sources disponibles. En France, celles des opérateurs, du ministère de l’Intérieur, et des enquêtes de victimation-sentiment d’insécurité. « L’autre prérequis, c’est de permettre aux opérateurs de parler un même langage. Et pour cela, mettre en place une classification propre aux faits de délinquance commis dans les transports qui balaye tout le spectre de la délinquance : depuis les incivilités aux atteintes les plus graves, explique Fabrice Fussy, Chef de l’Observatoire national de la délinquance dans les transports (ONDT) créé par le ministère chargé des Transports. En France, l’ONDT a défini une nomenclature nationale, composée de 27 items répartis en quatre grandes familles d’atteintes, que nous mettons à disposition des exploitants. »

DES DONNÉES QUALITATIVES POUR AGIR CONTRE LE SENTIMENT D’INSÉCURITÉ

Ces dernières années, les marches exploratoires – de femmes ou d’un panel mixte d’usagers – se sont imposées comme un outil efficace pour améliorer la prévention situationnelle : éclairage, propreté, vidéosurveillance, aménagement urbain… Ce dispositif de diagnostic « en marchant » qui repose sur la contribution des voyageurs – très exploité à Lyon et à Lille – contribue aussi à accélérer le déploiement de la descente à la demande pour les bus en soirée sur les lignes où des besoins existent. Les voyageurs voient ainsi leur parcours à pied réduit jusqu’à leur destination finale (en 2021, 12 réseaux Keolis avaient mis en place un tel dispositif ).

VIDÉOSURVEILLANCE : AUSSI UN OUTIL DE DISSUASION

Au-delà de l’identification a posteriori des auteurs d’infractions, la vidéosurveillance est de plus en plus utilisée comme dispositif d’intervention préventive grâce à des « patrouilles virtuelles » formées à détecter les comportements suspects sur les écrans des PC Sûreté. Autre équipement mobilisable, destiné à éviter les agressions contre les agents assermentés des opérateurs : les caméras individuelles, dénommées également caméras-piétons. À la SNCF, le réseau ferroviaire national français, elles ont prouvé leur utilité pour désamorcer les situations de tension : en 2021 par rapport à 2020, les arrêts de travail pour atteintes physiques ont baissé de 27 % pour les personnels équipés alors même qu’ils n’ont régressé que de 8 % pour les agents sans caméra.

TERRITORIALISER LA PRÉVENTION SOCIALE

En France, les opérateurs de transport sont des acteurs du partenariat local, dont l’action s’inscrit dans le cadre des contrats locaux de sécurité et de prévention de la délinquance pilotés par les maires. Ainsi, les actions de prévention sont adaptées à chaque territoire. Elles se traduisent notamment par l’intervention, au sein des espaces de transport, de médiateurs offrant une présence humaine rassurante et qui permettent d’apaiser les situations conflictuelles (nuisances sonores, consommation de tabac, fraude…). Ces actions de prévention sont également menées dans les écoles ou les clubs sportifs et contribuent à renforcer la tranquillité sur les réseaux.

DES PARTENARIATS OPÉRATIONNELS AVEC LES FORCES DE L’ORDRE

La sécurisation des espaces de transport implique aussi de renforcer les partenariats entre les opérateurs et les forces de l’ordre. Keolis promeut activement leur formalisation au travers de conventions qui structurent la collaboration (échanges d’informations, transfert d’images en temps réel entre les PC Transport et les PC Police, organisation régulière d’opérations conjointes). Sur le réseau de Bordeaux Métropole, par exemple, le triplement en un an du nombre de conventions avec les polices municipales du territoire a permis une augmentation de 67 % des opérations conjointes en 2021.

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VIOLENCES SEXISTES :
les transports collectifs en première ligne

En France, la loi Savary (2016) sur la sécurité dans les transports collectifs, puis la loi d’orientation des mobilités – LOM – (2019) ont renforcé le périmètre d’action des agents assermentés et les obligations des opérateurs en matière de lutte contre les atteintes sexuelles ou sexistes. En 2020, un quart des réseaux ayant répondu à l’enquête du ministère chargé des Transports a mis en place des actions ciblées (formation des personnels, communication auprès des voyageurs, système d’alerte et de signalement...), dont les trois quarts sont des réseaux Keolis. À l’international aussi, cet enjeu devient une priorité. Sur le réseau de métro de Manchester, en Angleterre, Keolis a créé une patrouille mobile dont la présence à cinq arrêts vise à rassurer les femmes et à faire de la prévention.

La sûreté des transports en commun recouvre la lutte contre les atteintes aux personnes (voyageurs et agents), aux biens et équipements (dégradations, destructions…), à la tranquillité (incivilités) et les actes malveillants visant à perturber le service (manipulation d’équipements de sécurité…).

En France, environ 6 % des atteintes aux personnes surviennent dans les transports en commun. (Précision : Les atteintes aux personnes au sens de l’enquête de victimation « Cadre de vie et sécurité »)

Les facteurs « anxiogènes » dans les transports franciliens sont, par ordre d’importance : les personnes alcoolisées ou droguées, les personnes inciviles, l’absence de personnel dans les transports et les lieux déserts.

Le sentiment d’insécurité est une notion qui recouvre la peur d’être victime d’une agression ou d’un vol. En Île-de-France, cette peur concerne près de 4 habitants sur 10, avec le RER (30,2 %) et le métro (29,2 %) considérés les plus « anxiogènes ».

La sûreté des mobilités, c’est le thème de la 7e conférence internationale sur l’observation de la criminalité, qui se tiendra en octobre 2022 à Paris, co-organisée par le ministère français chargé des Transports – au travers de son Observatoire (ONDT) –, le CIPC, l’UIC et l’UITP.

Top 4 des dispositifs de prévention à renforcer selon les voyageurs du quotidien (sur 6 propositions) : la présence d’agents de sécurité internes aux opérateurs de transport (59 % des répondants), de la police (45 %), la vidéoprotection (33 %) et la descente à la demande pour les bus en soirée/la nuit (21 %).

Y a-t-il des lieux sûreté des mobilités, « à risque » ? Qu’est-ce qui les caractérise ? Agissent-ils comme des « attracteurs » de la délinquance ou plutôt comme des « diffuseurs » ? En 2021, le réseau suédois de prévention de la criminalité Safeplaces a interrogé une vingtaine d’experts.


 

Éclairage

Fabrice Fussy, Chef de l’Observatoire national de la délinquance dans les transports (ONDT).

« Permettre aux acteurs du transport de suivre l’évolution des faits de délinquance sur leur réseau et de la comparer à un ensemble de réseaux au profil similaire ou proche géographiquement : c’est l’une des principales missions de notre Observatoire. Aujourd’hui, nous collectons à travers l’outil ministériel ISIS les données d’une vingtaine d’opérateurs, notamment des grandes métropoles, qui couvrent les besoins en mobilité partagée d’environ 40 % des Français. Notre objectif est de gagner en exhaustivité, notamment en intégrant d’autres réseaux urbains mais également interurbains et les transports scolaires. Ces acteurs ne possédant pas tous un système de recueil des faits, nous lançons fin 2022 un outil de saisie des atteintes directement sur smartphone à destination de leurs agents de terrain. La vocation de l’Observatoire est aussi d’améliorer la connaissance des phénomènes de délinquance en réalisant des études sur des sujets spécifiques – récemment, le premier Bilan sur les atteintes à caractère sexiste dans les transports. Et d’accompagner les réseaux dans la mise en place d’actions de prévention à travers l’élaboration de guides pratiques. »

Fabrice Fussy

Chef de l’Observatoire national de la délinquance dans les transports (ONDT).

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