Rennes, l’innovation sur toutes les lignes

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Par Ingrid Labuzan Par Emmanuel Couet Président de Rennes Métropole (France)

Rennes caracole en tête des classements des villes françaises où il fait bon vivre et travailler. Certes la proximité de la mer, la qualité de l’air où la vie culturelle sont des atouts indéniables. Mais le dynamisme économique et la qualité du réseau de transports publics sont également pris en compte. D’ailleurs, à bien y réfléchir, n’y aurait-il pas un rapport entre ces deux éléments ?

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Changer le paradigme de la mobilité

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 « Succès économique et mobilité sont liés, et ces liens sont appelés à se renforcer dans les années à venir », affirme avec force Emmanuel Couet. Élu Président de Rennes Métropole en 2014, il est l’un des artisans de la réussite de la métropole, qui s’impose comme un pôle d’attractivité à l’échelle nationale.

« La ville de l’avenir est celle dont le cœur est accessible depuis l’extérieur et où les déplacements intra-métropolitains sont fluides. Si l’on se projette sur les dix ans à venir, je pense que cela sera devenu le critère d’attractivité numéro un, notamment pour les jeunes actifs. Cela aura donc des répercussions directes sur la création de valeur économique, sociale et culturelle et permettra l’éclosion de contextes urbains propices à l’innovation. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer certaines villes d’Europe du Nord ou d’Allemagne : celles au plus fort dynamisme économique sont aussi celles qui ont eu les politiques de mobilité et de transport les plus courageuses. »

L’INNOVATION, SOCLE DE LA MOBILITÉ

Des décisions courageuses, la métropole de Rennes en a récemment pris plusieurs. Les enjeux sont de taille pour ce bassin de 450 000 habitants, qui doit à la fois anticiper les besoins de la population, conserver sa position de précurseur dans le domaine des transports et gérer les conséquences de son attractivité. La performance de son réseau multimodal a déjà été récompensée à trois reprises par un Pass d’or des mobilités, décerné chaque année par le mensuel Villes, Rail & Transports.

« Rennes Métropole a une longue tradition d’innovation en matière de transport, mais cela ne nous empêche pas de nous trouver à un moment charnière », confirme Emmanuel Couet. « Ce territoire accueille chaque année 6 000 nouveaux habitants. Imaginez le nombre de personnes que cela représente à l’échelle d’une délégation de service public de sept ans ! »

Une délégation de nouveau confiée à Keolis en 2017, et qui sera marquée du sceau de l’innovation. Pour répondre aux enjeux de l’attractivité économique et de la croissance démographique, la Métropole et ses partenaires travaillent à une réponse globale, élaborée à partir des usages des habitants. « Il n’est plus possible de réfléchir uniquement en termes de transports collectifs, en omettant de s’attaquer aux habitudes liées à la voiture. Il est également indispensable de tirer parti des nouvelles technologies, au travers du digital et de la smart data. La mobilité doit être envisagée comme un ensemble, comme un service aux côtés d’autres, permettant de faciliter la vie des habitants », annonce avec ambition Emmanuel Couet.

RENFORCER LA MULTIMODALITÉ

Dans un an, la Métropole de Rennes adoptera un nouveau plan de déplacement urbain (PDU), dont les lignes directrices reflètent la vision de la mobilité évoquée par Emmanuel Couet. Conçu après une concertation avec la Région, le Département, l’État et les communautés de communes voisines, ce plan de déplacement a pour objectif de faire changer les comportements. Une ambition qui va s’appuyer, en premier lieu, sur un renforcement du réseau multimodal de transports collectifs. À ce titre, difficile de ne pas évoquer l’ouverture d’une seconde ligne de métro automatique, la ligne B, en 2020. Grâce à elle, 70 % des habitants intra-rocade (soit, à terme, 230 000 habitants) seront désormais à moins de 600 mètres d’une station. De quoi favoriser l’usage des transports collectifs et gagner en rapidité sur les trajets… Cette nouvelle ligne constitue une indéniable avancée, mais ne saurait être la seule. Rennes entend bien poursuivre ses efforts sur l’intermodalité de son offre de transports.

DÉVELOPPER L’OFFRE DE BUS ET DE VÉLOS

Avec le Pacte métropolitain d’innovation, signé avec l’État en janvier 2017, l’accent est mis sur les bus. Pas très innovants, les bus ? Et pourtant si. La desserte des communes périphériques est renforcée. Mais, surtout, la flotte entame une grande mutation vers le tout électrique. En effet, le Pacte d’innovation prévoit un passage au tout électrique d’ici 2025 à 2030, grâce au partenariat signé avec le constructeur Bolloré.

L’objectif principal du nouveau plan de déplacement urbain, qui sera adopté en 2019, sera de faire changer les comportements. Une ambition qui passe par le renforcement du réseau multimodal.

Électrique aussi, le vélo. Celui-ci a un rôle crucial à jouer dans cette métropole rennaise qualifiée « d’archipel ». « En complément des vélos en libre-service disponibles en centre-ville, nous encourageons la location longue durée de vélos électriques, grâce à des conditions préférentielles.

Aujourd’hui, la flotte est constituée de 1 900 vélos électriques. Nous allons investir de manière considérable pour l’augmenter de 1 800 vélos supplémentaires par an. Ce type de vélo représentera le mode idéal pour relier entre elles les communes distantes de 5 à 10 km. Et en parallèle, nous sommes en train de nous doter d’un réseau express de vélo de 63 km sur le territoire de Rennes Métropole. Il permettra de relier la périphérie et le cœur de ville en 15 minutes », illustre Emmanuel Couet.

C’est donc un réseau intelligent qui se tisse au travers de ces initiatives, toutes conçues pour répondre aux attentes des habitants de la métropole. Celles-ci sont étudiées, analysées, au travers d’enquêtes menées sur le terrain ou par téléphone, notamment dans le cadre de la délégation de service public. « Construire les politiques de mobilité, tous modes de déplacement confondus, à partir de l’utilisateur final, est une évidence », martèle Emmanuel Couet.

DES DONNÉES AU SERVICE DE LA « MÉTROPOLE ARCHIPEL »

Si les innovations sont au rendez-vous dans les transports, elles le sont aussi du côté de la billettique et des moyens de paiement. Impossible, désormais, de concevoir une offre globale de mobilité sans penser digital et smart data. La Métropole de Rennes a d’ailleurs compris l’importance des données depuis longtemps, puisqu’elle est la première ville française à s’être lancée dans l’open data, il y a près de dix ans.

Côté carte de transport, Rennes a une longueur d’avance, avec KorriGo Services. « Rennes Métropole est à l’origine de la norme nationale AMC (application multi-citoyenne), qui permet d’inclure des services sur une carte de transport, » explique Mylène Péridy, Responsable du service Réseaux de transport de Rennes Métropole. KorriGo, élaborée à l’échelle régionale, permet aux communes d’y attacher divers services, comme accéder à la piscine et à la médiathèque, ou encore régler la cantine et la crèche des enfants. Un succès, puisque 650 000 cartes circulent dans la région, dont 250 000 « seulement » sur la Métropole.

Des constructeurs de véhicules aux opérateurs de réseaux, en passant par les startups régionales, toutes les composantes du tissu économique sont appelées à apporter leur pierre à l’édifice digital : « Nous travaillons dans une optique de transparence et d’accessibilité des données publiques – dans un contexte régulé, bien sûr – afin que chacun puisse se saisir de ces données et construire de nouvelles applications, de nouveaux services urbains », s’enthousiasme Emmanuel Couet. Premier résultat, la nouvelle application STAR, dite « STAR l’appli », lancée en mars 2018, offre des services loin de se résumer au calcul d’itinéraires.

ŒUVRER POUR UNE TARIFICATION SOLIDAIRE

Si la politique de mobilité rennaise dégage une nette impression de modernité, pas question pour autant de laisser certains habitants sur le bord de la route. Depuis le mois de janvier 2017, la Métropole pratique une tarification solidaire et progressive. « La tarification s’applique à l’échelle du foyer et se fait selon sa composition et ses revenus, précise Mylène Péridy. La base des ayants droit a aussi été élargie, notamment pour les étudiants boursiers. Le nombre d’étudiants qui utilisent ce dispositif a grimpé de 75 %. Le prix n’explique pas tout, c’est aussi dû aux campagnes d’information, menées de concert avec Keolis, et à la dématérialisation des démarches. » La métropole, Keolis et l’université de Rennes ont aussi su travailler ensemble pour aboutir à un étalement des horaires de cours, afin de fluidifier le trafic sur le métro, aux heures de pointe. Entre tarif solidaire et horaires aménagés, les étudiants sont décidément choyés. Un facteur d’attractivité supplémentaire pour la ville.

REMPORTER LA BATAILLE CONTRE LA VOITURE SOLO

Issu du nouveau plan de déplacement, ce réseau de transport repensé constitue une base solide sur laquelle construire le changement des comportements. L’objectif : limiter l’auto-solo, le cœur du combat d’Emmanuel Couet et de ses équipes : « Rendez-vous compte, pour 100 voitures qui circulent aux heures de pointe, on ne compte que 103 personnes transportées ! ».

Pourtant, à entendre le Président de Rennes Métropole, le défi n’est pas insurmontable. Notamment grâce au covoiturage. « Si les métropolitains faisaient du covoiturage un jour sur cinq, ce serait la fin des problèmes de congestion du trafic » … et une sacrée avancée en matière de lutte contre la pollution.

Pour parvenir à cet objectif, la métropole offre deux nouveaux services dédiés. Le premier est un système qui permet aux covoitureurs d’organiser leurs déplacements réguliers comme leurs trajets domicile travail. « Nous proposons un site mobile de mise en relation, afin de former des équipages de covoiturage, sur une longue durée », explique Mylène Péridy. Le second service répond à des besoins plus ponctuels, à l’échelle de la Métropole, comme n’importe quel autre moyen de transport.

Ce système de covoiturage dynamique, développé par Keolis Rennes, est disponible sur la nouvelle application multimodale du réseau, STAR l’appli. Ainsi, parmi les itinéraires proposés en temps réel, une offre de covoiturage apparaît, au même titre ou en complément des réseaux de transport disponibles. « Le conducteur qui se propose sera récompensé par des bons de réduction valables dans les commerces du territoire. Nous réfléchissons également à un système incitatif pour le passager. Nous favoriserons aussi le covoiturage grâce à des voies de circulation et des aires de stationnement dédiées », détaille Mylène Péridy.

Au travers de ces deux outils, ce sont donc des solutions de covoiturage gratuites, à la fois sur le long terme, mais aussi spontanées, qui sont offertes aux habitants. Portée par sa politique ambitieuse d’innovation et avec le concours de tout l’écosystème rennais, la Métropole de Rennes invente donc de nouvelles manières de voyager ensemble, que ce soit en transports publics ou en voiture partagée. En libérant l’espace public, Emmanuel Couet en est sûr, l’innovation génère aussi des contextes urbains stimulants et propices à la création de valeur.


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