Micromobilité, quelles règles du jeu ?

Comprendre • Pulse #4 • 5 min
Par Lesley Brown Par Jeremy Yap Directeur général délégué, Transport public, Politique et Planification au sein de Land Transport Authority (LTA) (Singapour) Par Christophe Najdovski Maire adjoint en charge des Transports et de l’Espace public de la ville de Paris (France)

La micromobilité est en pleine expansion dans les grandes villes du monde entier. Mais aujourd’hui, l’emprise sur l’espace public des « engins de déplacement personnels » (EDP) — qu’il s’agisse de vélos ou de trottinettes électriques, de gyroroues ou encore d’hoverboards — exige de nouvelles réglementations. Pulse a rencontré les responsables des transports de deux capitales mondiales, Paris et Singapour, qui nous livrent leur expérience et leurs convictions.

Point de vue

« Nous avons adopté une approche ouverte mais ferme avec les opérateurs. On ne peut pas laisser n’importe qui faire n’importe quoi dans l’espace public. »

Christophe Najdovski, Maire adjoint en charge des Transports et de l’Espace public de la ville de Paris, France

« Paris est ouverte à l’innovation dans les transports publics, et notamment aux EDP (engins de déplacement personnels, parfois aussi appelés « engins de déplacement individuels »), parce qu’ils répondent précisément aux nouveaux besoins de mobilité de la population, et viennent s’ajouter aux modes déjà disponibles. Mais nous sommes confrontés à des défis importants, tous liés au stationnement de ces engins, à leur occupation de l’espace public et à leur bonne intégration dans la ville. Les opérateurs n’hésitent pas à déployer leur flotte d’appareils dans des quartiers déjà très encombrés, notamment dans le centre de Paris. Et l’occupation chaotique des trottoirs par les trottinettes, par exemple, nuit malheureusement à leur popularité auprès de la population.
Pour surmonter ces problèmes, nous avons établi une charte de bonne conduite, signée en juin 2018 par les opérateurs de vélos et de scooters en free‐floating, et en mai 2019 par les exploitants de trottinettes électriques. Pour ces derniers, le Conseil de Paris s’est aussi prononcé en mars dernier en faveur de redevances en échange de leur occupation de l’espace public, afin de financer des stationnements dédiés et de mettre en place une offre « moins flottante ». Pour nous laisser le temps de nous organiser, nous prévoyons de plafonner le nombre de trottinettes électriques en 2019 aux 15 000 déjà en service.
Lors de l’examen des règles et réglementations, nous avons adopté une approche ouverte mais ferme avec les opérateurs, car nous ne pouvons tout simplement pas laisser n’importe qui faire n’importe quoi dans l’espace public. Le comportement des usagers est un sujet qui nous préoccupe. C’est d’ailleurs pourquoi le Conseil de Paris prône activement l’adoption de nouvelles règles de conduite en fonction des catégories de dispositifs de micromobilité. De quoi mieux protéger l’intérêt public et contrôler le comportement des usagers.
Ce n’est pas nouveau : les réglementations prennent toujours plus de temps que l’innovation technologique. Les nouvelles formes de mobilité n’y font pas exception. Mais il s’agit d’un défi que nous sommes en train de relever ! »

Christophe Najdovski

est Maire adjoint de Paris, chargé des Transports, des Déplacements, de la Voirie et de l’Espace public depuis 2014. Il est également Président de la Fédération Européenne des Cyclistes. De 2001 à 2008, il a été Maire adjoint du 12e arrondissement de Paris.


Les trottinettes électriques en libre-service à Paris

Nombre d’opérateurs : 12
(chiffres juin 2019)

Nombre d’engins dans l’espace public : 15 000


 

Point de vue

« Nous avons besoin des solutions de micromobilité pour élargir nos options. Nous nous efforçons d’établir le juste équilibre entre enrichissement de l’offre et sécurité des citoyens, notamment sur les trottoirs. »

Jeremy Yap, Directeur général délégué, Transport public, Politique et Planification au sein de Land Transport Authority (LTA), Singapour

« À Singapour, la loi sur la mobilité (Singapore’s Active Mobility Act) en vigueur depuis le 1er mai 2018 vise à développer de manière sûre et durable l’écosystème des engins de déplacement personnels (EDP). Aujourd’hui, pour opérer au sein de l’espace public, les entreprises de micromobilité (comme les fournisseurs de vélos ou de trottinettes en libre-service) doivent obtenir une accréditation. Nous avons deux niveaux de licence : une complète, et une autre consacrée aux « débutants ». En effet, à Singapour, toutes les nouvelles entreprises sont considérées comme telles. La taille de leur flotte est ainsi contrôlée pour permettre à la LTA d’évaluer leur capacité à exploiter un service de mobilité partagée de manière responsable, avant de leur accorder une licence complète et définitive. »
Les critères d’évaluation comprennent : les plans de stationnement, la capacité des exploitants à maintenir un bon taux d’utilisation pour leur flotte, le respect des exigences de sécurité incendie des engins motorisés, et l’enregistrement des données.
Nous nous efforçons d’établir le juste équilibre entre la sécurité – notamment sur les trottoirs – et la micromobilité. Qu’ils soient en libre-service ou privés, les EDP ne sont autorisés sur les trottoirs qu’à certaines conditions : leur vitesse doit être plafonnée et ils doivent obligatoirement être enregistrés auprès des autorités compétentes. Cela facilite leur identification, et par la suite leur signalement et leur régulation, tout en garantissant la sécurité de tous.
L’éducation du public, en particulier des enfants et des jeunes, afin d’enseigner très tôt un bon comportement en tant qu’utilisateur d’EDP, est une autre priorité. Sur ce sujet, notre équipe mobilité fait du très bon travail en communiquant activement sur les médias sociaux et via d’autres canaux.
À la LTA, nous sommes convaincus que l’élaboration d’un code de conduite qui s’ancrera progressivement dans les normes sociales encouragera et facilitera la micromobilité. Car nous avons besoin d’elle pour élargir les options de mobilité et proposer une alternative à la mobilité traditionnelle ; avec les EDP, nous répondons aussi aux problématiques liées aux premier et dernier kilomètres du parcours.

Jeremy Yap

occupe le poste de Directeur général délégué, Transport public, Politique et Planification au sein de Land Transport Authority (LTA) de Singapour depuis 2015. Il a également été Directeur adjoint du transport terrestre au ministère des Transports de Singapour. Il est actuellement Président du comité des Autorités Organisatrices de l’UITP (Association internationale des transports publics), à Bruxelles.


Les vélos et trottinettes électriques en libre-service à Singapour

Nombre d’opérateurs de trottinettes électriques :
LTA attribuera des licences d’ici le 3e trimestre 2019

Nombre d’opérateurs de vélos électriques :
6 pour 39 500 engins au total


 

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