Le rétrofit électrique, tout sauf rétro !

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Par Adeline Tissier

Changer le moteur d’un bus plutôt que de remplacer le véhicule entier… l’idée semble bien séduisante pour les villes qui souhaitent accélérer leur transition écologique. Partout dans le monde, des initiatives de rétrofit électrique de bus diesel voient le jour. Bien que l’essor de cette technologie reste très inégal, celle-ci pourrait représenter à l’avenir une formidable opportunité pour limiter le bilan carbone des flottes de bus.

Innovations de passionnés

Apparu dans les années 1970 en Californie, le rétrofit électrique est né des expérimentations menées par des passionnés de voitures anciennes. Cette tendance de niche s’est ensuite propagée. Aujourd’hui, le rétrofit peut s’appliquer aussi bien à des véhicules individuels qu’à des trains, des engins agricoles ou de construction. Depuis peu, il séduit même des villes désireuses de se doter de bus “propres” sans investir dans l’achat de matériels neufs.

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Quelles alternatives au diesel ?

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L’art de la transformation

Le principe est simple. Prenez un bus diesel qui a déjà roulé la moitié de sa vie (8 à 10 ans). Remplacez son moteur thermique par une nouvelle chaîne de traction intégrant un moteur électrique. Ajoutez des batteries et une prise de recharge. Et procédez éventuellement à quelques améliorations intérieures ou extérieures : carrosserie, équipements, etc. Vous obtiendrez un bus électrique “rétrofité”, propre et silencieux, encore capable de rouler entre 6 et 8 ans.

Bilan carbone positif !

Pour les Autorités Organisatrices qui souhaitent prendre part à l’économie circulaire, il y a une carte à jouer ! Car rétrofiter un bus diesel agit sur la réduction du bilan carbone à plusieurs niveaux. La démarche permet de supprimer les émissions de GES au niveau du pot d’échappement, mais aussi d’éviter celles émises lors du processus de fabrication d’un nouveau bus. Un “vieux” bus converti à l’électrique, c’est un bus électrique neuf en moins à construire !

Une réglementation favorable

La technologie, en plein développement, a encore besoin de coups de pouce. D’abord, une législation qui encourage ou oblige les villes à s’équiper en bus propres – comme en Californie, où il ne sera plus possible d’acheter des véhicules polluants après 2029. Il faut aussi fixer des règles propres à la conversion des véhicules en tant que telle. C’est le choix qu’ont fait l’Allemagne, l’Italie, et, plus récemment, la France, avec son arrêté du 13 mars 2020. Autre levier efficace : les subventions.

Combien ça coûte ?

Le rétrofit électrique est aussi à la recherche d’un modèle économique viable. Pour l’heure, l’ensemble des dépenses associées au rétrofit électrique d’un bus diesel avoisine le prix d’un bus électrique neuf et reste supérieur aux économies en maintenance et en carburant réalisées durant la “phase électrique” de la vie du bus. Au coût d’un pack de batteries (environ 250 000 €), s’ajoutent en effet ceux de son installation et des bornes de recharge. Il faut aussi compter le prix du bus d’origine (achat, maintenance et exploitation) sur les 8-10 premières années. Tout cela représente 250 000 € additionnels. Demain, l’émergence d’acteurs spécialisés pour créer une véritable filière industrielle sera indispensable pour rendre cette démarche économiquement attractive.

Le rétrofit s'applique aussi aux bus à gaz !
Ils sont, quant à eux, transformables en bus à hydrogène.

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C’est le nombre de pays qui autorisent le rétrofit dans le monde.
Source : association AIRE.

3 000

C’est le nombre de cycles de chargement/déchargement d’une batterie électrique installée sur un bus rétrofité, soit six à sept ans d’activité.

250 000

En France, le rétrofit répond particulièrement aux besoins budgétaires des villes “moyennes” de moins de 250 000 habitants (dont la flotte est inférieure à 20 bus), prêtes à devancer la loi sur la transition énergétique de 2015, sans attendre 2025 pour rouler avec des bus propres.


  Make old new again

Après un essai fructueux en 2018, la ville de Boulder (Colorado) prévoit neuf rétrofits électriques de bus diesel. Un choix motivé tant par le prix que par des délais de livraison, beaucoup plus courts (six mois contre deux ans). Même démarche à Lane (Oregon).

  Première à Oxford

La ville vient pour la première fois d’équiper sa flotte de bus de tourisme d’un bus diesel rétrofité (mars 2020). Quatre autres véhicules le rejoindront bientôt.

  Un coup de pouce de la commission européenne

Une subvention de 107 M€ a été accordée à l’Allemagne fin 2018 pour financer son projet de rétrofit électrique de 7 000 bus diesel, dans près de 90 agglomérations. Un vrai coup d’accélérateur !

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