L’avenir de la voiture est dans la mobilité partagée

Comprendre • Pulse #5 • 5 min
Par Adeline Tissier

Une voiture “partagée” permettrait de remplacer jusqu’à 13 voitures individuelles et de baisser jusqu’à 41 % l’émission de gaz à effet de serre par personne. Et si l’avenir de la voiture, dont le modèle est aujourd’hui remis en cause, était lié à celui du MaaS (Mobility as a Service) ?

pour approfondir

« Sans l’implication des AOM(1), aucun changement pérenne n’aura lieu. »

3 min

Un demi-siècle de suprématie de la voiture particulière

Elle était synonyme d’indépendance et a contribué au développement de la classe moyenne dans le monde entier. Depuis 70 ans, la voiture déploie ses charmes de puissance et de liberté, et rien n’est venu remettre en cause sa suprématie, pas même les crises économiques qui n’ont fait que ralentir son inéluctable ascension.

Aujourd’hui, le nombre de voitures en circulation donne le vertige – elles sont dans le monde plus de 1,250 milliard – mais le discours laudateur s’est tari. On ne parle plus d’autonomie mais de dépendance ; d’affranchissement, mais de contraintes ; de conquête de grands espaces, mais de villes polluées. La sémantique des années 2000 reflète une réalité aussi grise que les fumées d’échappement.

Le secteur automobile exprime déjà des signes de faiblesse. Après une décennie de ventes record, la baisse des ventes s’installe pour la deuxième année consécutive. Le recul est estimé à 4,5 % pour 2019 et touche les trois principaux marchés que sont la Chine (– 9 % en 2019), les États-Unis (– 2,5 %) et l’Union européenne (– 3 %).

Si l’automobile reste dans les campagnes et les périphéries un mode de transport indispensable, les villes, elles, ne veulent plus de leurs voitures. Le modèle social traditionnel est lui aussi en train d’évoluer, notamment auprès des nouvelles générations, qui privilégient aujourd’hui l’usage plutôt que la possession. Alors que 92 % des jeunes Américains disposaient d’un permis de conduire il y a 35 ans, ce taux est tombé aujourd’hui à 78 %. Et la même dynamique s’observe ailleurs.

Mais ce qui pousse la voiture individuelle vers la sortie, c’est surtout l’urgence environnementale et les enjeux de santé publique. À eux seuls, les moteurs à combustion interne sont responsables de près d’un quart des émissions de CO2 de la planète. L’Organisation mondiale de la santé estime que 90 % de la population respire un air pollué. Celui-ci serait à l’origine de plus de sept millions de décès prématurés chaque année. Tout comme les routes, nos poumons sont saturés.

Des motorisations moins polluantes

Les constructeurs s’adaptent aux exigences sociétales et environnementales et proposent des solutions technologiques viables et efficaces. On estime que les technologies hybrides et électriques coexisteront de manière équilibrée d’ici 2040.

Mais le rythme de déploiement reste lent. Bien que les ventes mondiales de véhicules électriques aient, par exemple, progressé en 2019 de 30 % (et de 68 % en 2018), elles représentent toujours moins de 3 % des ventes totales. Et si les consommateurs semblent prêts à sauter le pas, le prix reste un frein à l’achat pour 35 % d’entre eux, tout comme le manque d’autonomie (24 %). Quant aux véhicules autonomes, bien que leur réussite soit à moyen et long termes une quasi-certitude, les défis à relever en matière de technologie et d’éthique demeurent importants.


Lexique

Autopartage en boucle : offre d’autopartage résidentielle avec place de stationnement et de recharge attribuée à chaque véhicule.
Free floating : autopartage sans place de stationnement attribuée. Location sur de courtes durée et distance.


La voiture, nouveau mode de transport collectif

L’évolution des comportements des automobilistes apparaît aussi comme un sujet central pour relever le défi de la mobilité.
Pour limiter l’autosolisme, les Autorités Organisatrices de Mobilité et les opérateurs ont déjà déployé de nombreuses solutions en intégrant la voiture dans leur écosystème de mobilité partagée. Des services de covoiturage, d’autopartage ou de transport à la demande à bord de voitures partagées font déjà leurs preuves dans le monde entier, notamment pour parcourir les premier et dernier kilomètres d’un trajet réalisé en transports en commun. Une étude américaine estime que si tous les automobilistes consentaient à un usage partagé de leur véhicule, leur nombre pourrait être réduit d’un tiers dans le monde. Une fois intégrées au MaaS (Mobility as a Service), les offres de mobilité gagnent en efficacité en proposant des “possibilités sans précédent en termes de billetterie intégrée, d’information en temps réel, etc.”, précise le rapport du Cerre, paru en septembre dernier.

Mais limiter n’est pas dissuader. Pour que les automobilistes quittent le confort de leur véhicule personnel, il faut aller plus loin. Ce même rapport l’affirme : le report modal ne sera possible que “si les règles d’utilisation de la voirie sont orientées vers des incitations fortes à la mobilité partagée” et une vraie “désincitation à l’autosolisme”.
Autrement dit, il faut réguler. Pour Xavier Corouge, Directeur Mobilités urbaines d’Europcar Mobility Group, “les AOM sont les seules à pouvoir porter une vision claire de la mobilité sur tout le territoire pour intégrer la voiture dans un nouveau schéma de mobilité. Elles sont aussi les seules à être en mesure de piloter l’ensemble des acteurs impliqués dans la maîtrise des enjeux opérationnels”, liés par exemple à la logistique, la gestion des flottes ou la digitalisation des services.

Plusieurs grandes villes ont amorcé le virage. Dans une dynamique incitative, les Autorités Organisatrices de Montréal et Ottawa proposent déjà une voie réservée aux véhicules occupés par au moins trois passagers. Autre solution, la mise en place d’un péage urbain, comme à Singapour, Londres et bientôt New York. À Oslo, l’approche est encore plus contraignante, avec l’interdiction des voitures en centre-ville et la suppression des places de stationnement. Les capitales belge et slovène ont, quant à elles, réservé leurs principaux axes aux mobilités douces.

Mais aucune de ces mesures n’est à envisager seule. Chacune suppose une approche globale de la mobilité partagée, intégrant à la fois l’adaptation des infrastructures, l’incitation aux mobilités douces, la création de zones de restriction et le développement de plateformes digitales performantes, pour révéler le Mobility as a Service comme un écosystème de mobilité efficient et durable.

Alors, en attendant la solution miracle, chère à Elon Musk, des tunnels souterrains empruntés par des véhicules autonomes et écologiques commencent déjà à voir la voiture autrement, pour modifier les comportements individuels grâce à l’incitation ou la régulation.

À LIRE AUSSI

Pontevedra, le paradis des piétons !

La quasi‐totalité du territoire de Pontevedra, ville espagnole de 83 000 habitants est interdite aux voitures. Là‐bas, le piéton est roi et la qualité de vie s’améliore. Décryptage d’une réussite avec Miguel Anxo Fernández Lores, Maire de Pontevedra.

Pulse #4 6 min
De la voiture individuelle à la mobilité partagée, redessiner le modèle de Los Angeles

De la voiture individuelle à la mobilité partagée, redessiner le modèle de Los Angeles

La ville de Los Angeles a été pensée et aménagée pour l’automobile. Aujourd’hui, il est urgent de redéfinir ce modèle pour faire en sorte que la mégalopole continue de prospérer. Explications par Seleta Reynolds, Directrice générale du département des transports de Los Angeles.

Pulse #3 4 min