La puissance de l’électromobilité

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Par Richard Venturi

Les bus électriques pourraient être sur le point de déclencher une trans- formation des usages de mobilité qui limitera l’autosolisme – offrant la promesse d’espaces de vie nouveaux dans des villes de plus en plus denses.

 

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California Driving

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Fin octobre 2017, l’Organisation météorologique mondiale (OMM) des Nations Unies rendait publiques des données démontrant que la concentration de CO2 dans l’atmosphère avait atteint 403,3 parties par million (ppm) en 2016 – un niveau jamais atteint depuis trois millions d’années, quand le niveau des mers se situait 25 mètres au-dessus de ce qu’il est actuellement (Source). Au vu de ces chiffres et de l’objectif ambitieux de l’Accord de Paris sur le climat de maintenir le réchauffement climatique en-dessous de 2°C à l’horizon 2100, le développement des énergies alternatives semble aujourd’hui véritablement lancé.

Les transports ont un rôle central à jouer. Selon l’Union européenne, ce secteur, qui inclut voitures, camions, transport aérien et transport maritime à l’échelle internationale, représente près de 26 % des émissions totales de gaz à effet de serre dans les 28 États membres (Source). Dans les villes, les bus sont au cœur des réseaux de transport collectif, détenant le potentiel de les rendre plus durables.

En effet, bien que les bus ne représentent qu’une modeste fraction des émissions engendrées par les transports, leur électrification peut se révéler particulièrement efficace pour réduire la pollution et les nuisances sonores dans les zones urbaines denses, qui se développent rapidement dans le monde. Contrairement aux systèmes ferroviaires – tram, métro ou train –, ils ne nécessitent que très peu d’infrastructures, ce qui permet une mise en place et une exploitation rapide des réseaux.

SUR LA VOIE DE L’ÉLECTRIFICATION

La Chine offre une bonne illustration de cette évolution. Quelque 350 000 bus électriques sont déjà en service dans le pays, et la ville de Shenzhen, dans le Sud-Est, est devenue la première ville au monde à exploiter un parc entièrement électrique, avec plus de 16 000 bus dans ses rues.

L’Europe du Nord a ouvert la voie en matière d’utilisation de biocarburants pour les transports en commun, la Suède faisant figure de pionnier. Elle adopte à présent les bus électriques, le reste de l’Europe et l’Amérique du Nord suivant dans sa roue.

Cette tendance devrait s’amplifier, pour plusieurs raisons. Il y a d’abord l’opinion publique, les médias et la classe politique qui poussent l’industrie à s’intéresser à la transition énergétique.

Il y a ensuite le fait que la technologie des batteries évolue rapidement, ce qui rend les bus électriques de plus en plus performants et viables économiquement.

La troisième raison tient à l’offre de bus électriques en tant que telle. Les constructeurs ont considérablement étoffé leur catalogue de bus électriques depuis deux ans. BYD et Volvo, pour ne citer qu’eux, ont fait le pari de ces véhicules, tous deux dévoilant de nouveaux modèles en 2017. Volkswagen Group (comprenant Man et Scania) est également dans la course et a annoncé l’année dernière qu’il investirait 1,4 milliard d’euros dans le développement de camions et de bus électriques.

Le quatrième élément moteur est lié aux standards industriels. Le Comité européen de normalisation (CEN), le Comité européen de normalisation électrotechnique (CENELEC) et d’autres organismes tels que l’Organisation internationale de normalisation (ISO) planchent sur des normes européennes et internationales en matière de charge électrique, qui seront a priori mises en place dans les deux prochaines années. Ce qui devrait permettre d’harmoniser les règles du jeu pour les constructeurs et les opérateurs et de donner une impulsion nouvelle au marché.

Göteborg

Au sein du réseau Västtrafik de Göteborg (Suède), l’énergie renouvelable couvre 65 % des 390 000 passagers-kilomètres effectués quotidiennement.

Los Angeles

En 2010, le réseau Foothill Transit, dans la banlieue de Los Angeles, était le premier réseau américain à mettre en service un bus électrique à charge rapide.

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Quelles alternatives au diesel ?

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Outre ces facteurs, un nombre croissant de villes envisagent désormais d’opérer une transition de leur flotte actuelle de bus vers des véhicules électriques. En octobre 2017, dans le cadre du C40 (Cities Climate Leadership Group), les maires de 12 grandes métropoles, notamment Londres, Paris, Los Angeles et Mexico, ont signé une déclaration commune fixant comme objectifs de faire disparaître l’énergie fossile des rues de leur ville (Fossil-Fuel-Free Streets Declaration), avec l’utilisation de bus à zéro émission dès 2025 et, d’ici à 2030, de transformer une partie importante de leur ville en zones à zéro émission.

VERS UN FUTUR VIABLE

Pour l’heure, les bus électriques coûtent deux fois plus cher que les modèles diesel, essentiellement en raison du prix élevé des batteries – qu’il s’agisse de l’investissement initial ou du coût de remplacement ou de location. Le prix des batteries a toutefois chuté jusqu’à 90 % au cours des dix dernières années. Et il devrait continuer à baisser, les projections actuelles indiquant que les bus électriques seront commercialement viables entre 2020 et 2025 (Source).

Dans la perspective du remplacement des flottes de bus actuelles par des bus électriques, il est important que les Autorités Organisatrices procèdent à des expérimentations. Cela leur permettra de prendre en compte les attentes, contextes et défis locaux en créant des modèles et en évaluant les impacts techniques et économiques. Et leur donnera les moyens d’assurer la meilleure qualité de service et les meilleurs coûts d’exploitation à long terme.

Recharger les batteries efficacement demeure un facteur clé pour la réussite des essais actuels ou futurs. Il existe deux manières de le faire. La première consiste à les recharger pendant le trajet, par charge rapide. Quand le véhicule s’arrête, un système pantographique se connecte à un chargeur rapide pendant quelques secondes à quelques minutes. Le véhicule dispose ainsi d’une autonomie suffisante jusqu’à la charge suivante. Cette procédure peut être mise en œuvre au niveau de chaque ou de plusieurs stations, ou en bout de ligne. En Finlande, Helsinki exploite déjà plusieurs bus électriques qui fonctionnent ainsi.

La deuxième solution consiste en un chargement au dépôt, pendant six à huit heures. La charge des batteries se fait alors pendant la nuit. La solution adoptée dépend de divers facteurs, comme la topographie de l’itinéraire, la distance entre les arrêts, les conditions climatiques, le temps d’attente aux stations et le nombre de passagers à bord.

LES ÉCOBUS ET LA POLITIQUE URBAINE GLOBALE

Le remplacement des flottes de bus diesel dans des villes congestionnées contribuera certes à réduire les émissions de gaz à effet de serre, de même que les particules fines et l’oxyde d’azote. Mais leur action positive sur l’environnement sera d’autant plus grande si la mise en service de ces bus électriques performants et silencieux encourage un report modal, en incitant les gens à laisser leur voiture au garage. C’est à ce niveau que l’impact sera le plus important.

Selon les calculs et les modélisations réalisés par la Banque mondiale, si les bus transportant 150 000 passagers par jour, sur un itinéraire de 30 km, passent au tout-électrique, les émissions annuelles diminuent de 27 %. Mais si 10 % seulement des passagers en viennent à laisser leur véhicule chez eux, cela se traduit par une réduction de 48 % des émissions polluantes.

Ici encore, la Chine semble ouvrir la voie. Comme mentionné plus tôt, la ville de Shenzen est à cet égard exemplaire, avec plus de 16 000 bus tout électriques. Si l’on considère la question à long terme, la transition vers les énergies alternatives est donc bien plus qu’un simple changement de motorisation. Malgré les défis qu’elle implique, l’électromobilité va continuer à s’inscrire de plus en plus dans le paysage urbain. Les bus électriques sont, sans nul doute, un élément moteur vers un transport plus durable en zone urbaine. Ils vont aussi nous conduire à revisiter la façon dont nous percevons ce mode et dont nous vivons les transports publics du XXIe siècle.

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