La mobilité sur la voie de l’autonomie

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Par Richard Venturi

Alors que les voitures autonomes suscitent un intérêt grandissant, les navettes sans conducteur sont déjà sur le point de bouleverser le paysage du transport urbain. Elles sont d’ailleurs l’un des premiers modes de transport autonome à devenir opérationnel, avec des essais lancés dans plusieurs villes en 2016. Les premières flottes devraient être déployées d’ici à 2021.

Les navettes électriques sans conducteur ouvrent une ère nouvelle au transport dans les zones urbaines du monde entier. Non seulement la mobilité des citoyens s’en trouve améliorée, mais cette nouvelle mobilité partagée a également un impact positif sur les embouteillages et la pollution.

L’explosion démographique des villes au cours des dernières décennies a augmenté la pression sur les transports. Les chiffres des Nations Unies sont éloquents à cet égard : 67 % de la population mondiale vivra en zone urbaine à l’horizon 2050. Le défi posé n’est pas mince : il faut développer des solutions nouvelles, efficaces, durables et adaptées aux besoins des utilisateurs. Encore faut-il qu’elles permettent l’apparition de nouveaux services et qu’elles soulagent des réseaux de transport en commun au bord de l’asphyxie.

Qu’il s’agisse de voitures, de navettes, voire de bus, la mobilité autonome partagée semble être une solution particulièrement séduisante, d’autant que sa flexibilité renforce aisément les transports collectifs existants. Cette solution est particulièrement intéressante pour parcourir le premier et le dernier kilomètres, en reliant les zones résidentielles et d’affaires aux réseaux de transport grâce à un service de navettes.

Avantages multiples

On ne saurait trop souligner les bénéfices de la mobilité autonome partagée. À commencer par les avantages économiques. À moyen terme, elle permettra de réduire la pollution et les coûts qui y sont liés. Elle représentera également des économies notables pour les citadins qui pourront enfin laisser leur voiture au garage. De surcroît, les autorités organisatrices pourront faire des économies en optimisant leur service et en ajustant le nombre de navettes disponibles en période de pointe et en heures creuses. Enfin, les avancées technologiques devraient également aboutir à des moteurs électriques moins coûteux que leurs homologues à combustion interne. Encore des économies.

Mais l’intérêt des navettes autonomes ne s’arrête pas là : il concerne également la sécurité. Diverses études ont montré que plus de 90 % des accidents de véhicules individuels sont provoqués par des erreurs humaines (une étude américaine réalisée en 2016 par la National Highway Traffic Safety Administration estime ce pourcentage à 94 %). Les conséquences sont claires : moins de conducteurs signifie moins d’accidents.

Au-delà des avantages des navettes autonomes elles-mêmes, il convient également de noter qu’elles confèrent au transport public un caractère plus équitable. Des flottes entières de navettes peuvent être adaptées aux passagers présentant des besoins particuliers (handicapés en fauteuil roulant, poussettes pour enfants, etc.) pour un investissement minime.

Enfin, elles permettent de libérer un nombre conséquent de places de parking. Une étude de 2017 du Forum international des transports (FIT) de l’OCDE montre que l’espace de stationnement total pour la zone métropolitaine de Lisbonne chuterait de 95 % avec la mise en place d’une solution de mobilité partagée. Un espace qui pourrait donc être réaffecté à d’autres usages publics. L’étude montre également que la mise en service de navettes conduit à une hausse de fréquentation des modes capacitaires traditionnels.

Passer à la vitesse supérieure

Le secteur privé a parfaitement intégré les transformations que la mobilité autonome augure pour le transport urbain au XXIe siècle. Le marché est dynamique, déjà occupé par un grand nombre d’acteurs traditionnels, rejoints par de nouveaux entrants. Il y a d’abord les fabricants de navettes autonomes 100 % électriques comme Navya, partenaire de Keolis, qui conçoit ces systèmes depuis dix ans et qui fabrique aujourd’hui des navettes pouvant transporter une quinzaine de passagers. Et bien sûr les constructeurs automobiles, comme Tesla et BMW, et les géants de la high-tech, comme Google, sont sur les rangs.

Ce dynamisme est reflété par l’apparition de solutions de mobilité autonome dans quelques grandes villes du monde, qui procèdent à des expérimentations depuis deux ans.

En septembre 2016, Lyon est devenue la première ville au monde à mettre en place une desserte de transport public en navette autonome 100 % électrique sur route ouverte, pour assurer les premier et dernier kilomètres, en fin de ligne de tramway. Aux États-Unis, Las Vegas est quant à elle devenue la première cité nord-américaine à tester des navettes autonomes, début 2017.

Paris n’est pas en reste, puisque la capitale teste trois navettes à La Défense, pendant une période de six mois. La densité humaine du plus grand quartier d’affaires européen et ses exigences en termes de transport, notamment sur le premier et le dernier kilomètres, expliquent ce choix. Cette nouvelle expérimentation permet également à Keolis et Navya de peaufiner Queen Elizabeth Olympic Park, le logiciel des navettes à Londres. On lui a ainsi « appris » à savoir précisément quand utiliser le klaxon pour alerter des piétons, quand freiner en présence d’un obstacle, et comment adapter la vitesse en fonction des piétons pendant le trajet.

En septembre 2017, Keolis a effectué également des essais à Londres, au cœur du parc olympique Queen Elizabeth. Un secteur qui accueille de nouveaux bâtiments, des espaces verts, des écoles et des crèches, et où les familles avec de jeunes enfants sont nombreuses.
Les nouvelles expérimentations se font progressivement plus longues, plus ambitieuses et de mieux en mieux connectées aux réseaux de transport existants. Responsables municipaux, passagers, résidents, fabricants et opérateurs peuvent ainsi tester et apprivoiser les divers aspects de la mobilité autonome, ouvrant la voie à une intégration parfaite dans le paysage urbain des villes du monde entier.

Défis à long terme

Cette phase d’apprentissage constitue une étape clé dans le développement des solutions de mobilité autonome. Il s’agit de perfectionner cette technologie complexe avant que les navettes sans conducteur deviennent un élément permanent de notre vie quotidienne.

Les aspects juridiques sont également à prendre en compte. La Commission économique pour l’Europe des Nations Unies (CEE-UN) a amendé en 2016 la convention de Vienne sur le trafic routier, datant de 1968, pour permettre la conduite autonome, sous réserve que les véhicules respectent les réglementations des Nations Unies, et qu’ils puissent être contrôlés et désactivés par l’homme, si besoin est.

Certains pays ont choisi des approches différentes afin d’adapter leurs systèmes juridiques à la problématique du véhicule autonome. Aux États-Unis, cinq États ont, à ce jour, autorisé les véhicules autonomes. La Grande-Bretagne emprunte une autre voie, préférant laisser les industriels proposer des solutions avant de légiférer. En France, le Gouvernement a donné en août 2016 le feu vert aux véhicules autonomes sur le réseau routier public. Les essais en cours permettent d’assouplir progressivement le cadre juridique, avec de nouvelles autorisations et des exemptions requises à chaque expérimentation. La législation existante s’adapte donc au gré des essais réalisés avec la technologie.

Mais il n’y a pas que les aspects juridiques. La question de l’assurance est aussi un sujet majeur. Les conducteurs sont appelés à devenir un élément redondant du système, et la responsabilité des constructeurs automobiles et autres fabricants concernés va nécessairement devenir prégnante. Les assureurs devront imaginer de nouveaux contrats pour couvrir des risques d’un genre nouveau. La cybercriminalité n’est pas le moindre des dangers, avec le risque de voir des hackers prendre le contrôle à distance des véhicules. Outre la sécurité et la fiabilité intrinsèques des systèmes, peut-être faut-il s’inspirer de l’exemple de l’aéronautique : les avions sont équipés de réseaux informatiques dissociés, ce qui permet de continuer de voler en sécurité si l’un des systèmes est compromis.

Les accidents courants posent aussi problème et soulèvent une question éthique. Les ingénieurs devront programmer différentes options présentant un même niveau de risque, afin que la navette puisse « faire un choix » dans l’éventualité d’une situation d’urgence – de même qu’un conducteur doit instantanément prendre une décision en présence d’un danger soudain.

Au-delà des seuls aspects techniques, on voit poindre un ultime défi majeur : inciter les citadins à accepter ces nouveaux venus dans le transport urbain, et adapter leur comportement en conséquence. Comme pour toute technologie nouvelle, le temps doit faire son œuvre. Mais au vu des avantages pour les villes et leurs habitants, nous ne devrions pas attendre trop longtemps avant de voir des navettes sans conducteur s’inscrire très naturellement dans le tissu urbain. À l’aune des expériences récentes, cet avenir porteur de nombreuses promesses nous attend déjà au coin de la rue, prêt à prendre la route.

« Voilà un an que des navettes autonomes 100 % électriques circulent dans l’écoquartier de Confluence, à Lyon. À l’époque, il s’agissait de la première expérimentation de longue durée d’un véhicule autonome sur une vraie ligne régulière ouverte au grand public. Au terme de cette période très significative, nous pouvons dire que c’est un succès. Un succès populaire, tout d’abord, puisque la navette autonome a parcouru 14 000 km et transporté en toute confiance plus de 18 000 voyageurs ! Et un succès qui dépasse nos frontières puisque nous avons reçu des délégations d’autres métropoles françaises, mais aussi du Canada, du Danemark…
Au fur et à mesure de l’expérimentation, nous avons pu mieux cerner les cas d’usage et améliorer le service. Par exemple, nous avons ajusté les systèmes de freinage et de détection des obstacles, nous avons optimisé la charge des batteries ou encore installé la climatisation. Nous allons aussi développer une solution d’information dynamique aux arrêts, afin de renseigner en temps réel sur la localisation de la navette et le délai d’attente. D’ici la fin de l’année, nous irons à la rencontre des entreprises voisines pour continuer de promouvoir le service, étudier la possibilité d’une extension d’exploitation le samedi et bien entendu pour réfléchir à d’autres cas d’utilisation de la navette sur le réseau de Lyon. »

Pascal Jacquesson

Directeur général de Keolis Lyon France


Des transports innovants pour l’Île-de-france

DES TRANSPORTS INNOVANTS POUR L’ÎLE-DE-FRANCE

« Apporter des solutions de mobilité innovantes nécessite des phases d’expérimentation, c’est pourquoi nous avons décidé de lancer ce service expérimental de navettes autonomes en Île-de-France. Nous avons choisi de le lancer au sein du plus grand quartier d’affaires d’Europe, La Défense, parce qu’il s’agit d’une zone urbaine dans laquelle les flux sont très denses. Avec 160 000 salariés, il y a une véritable demande pour la mobilité des premier et dernier kilomètres, à laquelle les navettes autonomes peuvent répondre. Il y a une navette toutes les dix minutes, pouvant transporter jusqu’à 11 personnes. Ce service est un pas de plus dans la mobilisation pour des transports propres partout en Île-de-France. On comptera deux autres expérimentations de navettes autonomes au sein de la région prochainement. Ensemble, ces expérimentations nous montreront comment les navettes s’intègrent dans un environnement dense et renforceront une mobilité autonome innovante qui se prépare aux enjeux de demain. »

Valérie Pécresse

Présidente de la région Île-de-France


« La municipalité de Terrebonne a donné son feu vert pour expérimenter des navettes autonomes électriques pendant un an avec Keolis. Nous attendons maintenant l’accord du Gouvernement avant de pouvoir débuter. Les navettes transporteraient des passagers dans le quartier touristique du vieux Terrebonne. Avec 15 personnes par navette et une vitesse moyenne de 15 km/h, ce nouveau service viendrait enrichir l’offre de transport public, notamment pour le premier et le dernier kilomètres. Ce serait un gain de temps pour les passagers mais aussi pour toute la ville puisque cela réduirait le trafic et la pollution. »

Stéphane Berthe

Maire de Terrebonne, Québec, Canada


« La ville de Las Vegas réalise des investissements majeurs pour améliorer la mobilité et la sécurité. Nous offrons aux habitants et aux visiteurs des possibilités de transports fiables grâce aux nouvelles technologies. »

Carolyn Goodman

Maire de Las Vegas, Nevada, États-Unis

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