La discrète ascension du transport fluvial et maritime

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Par Danielle Courtenay

De plus en plus de villes adoptent le transport par navette fluviale ou maritime comme solution aux problématiques causées par la hausse de la fréquentation, notamment aux heures de pointe.

Face à la croissance des villes, les urbanistes proposent souvent d’aménager de nouvelles lignes de voies ferrées, de commander des trains à la capacité. Plus importante, ou d’élargir les pistes cyclables. Mais pour les villes qui ont la chance d’avoir accès à la mer ou à une voie navigable, la solution la plus simple consisterait à offrir un mode de transport, non plus terrestre, mais sur lac, rivière ou mer.

Autrefois inhabituelles, les navettes fluviales ou maritimes gagnent en popularité dans les grandes villes du monde entier. Les raisons ne manquent pas. Premièrement, le transport maritime ou fluvial permet de désengorger les routes et les voies ferrées. Deuxièmement, ces espaces de circulation existent déjà ; il n’est donc pas nécessaire d’investir dans de nouvelles infrastructures. Troisièmement, le transport fluvial est moins polluant que le transport terrestre. Quatrièmement, le temps de déplacement est généralement respecté, puisque le véhicule ne peut être retenu dans des embouteillages. Enfin, dernière raison mais non des moindres, il est bien plus agréable de prendre un bateau qu’un métro pour aller au travail.

Dans les villes qui ont développé le transport fluvial et maritime, les habitants ont accueilli ces nouveaux modes de transport avec enthousiasme. Ce n’est pas vraiment une surprise : un passager qui devait auparavant subir un trajet complexe sur la terre ferme et qui peut désormais traverser directement la baie ou la rivière réduit considérablement son temps de déplacement. Et puis il y a l’évidence même : le simple plaisir des trajets en ferry peut être inestimable pour le bien-être collectif d’une ville

En témoignent les taux de fréquentation de ce mode de transport. Lorsque la navette fluviale de la ville de New York est mise à flots en 2017, l’Autorité Organisatrice prévoit une fréquentation annuelle de près de 4,5 millions de personnes. Six mois plus tard, le nombre de passagers, en augmentation continue, incite la ville à doubler ses projections, en passant ainsi à neuf millions annuels. Le réseau NYC Ferry doit notamment une partie de son succès à son tarif : à 2,75 $ (2,40 €) le trajet, il est aussi abordable que le métro.

New-York

De l’autre côté de l’Atlantique, à Nantes, le Navibus permet de remonter et de descendre la Loire pour seulement 1,70 € – là aussi le même prix qu’un trajet en bus. À Hong Kong, une traversée du port Victoria sur l’historique Star Ferry est même moins chère que le réseau ferroviaire local, ce qui en fait une alternative au train très appréciée pendant les heures de pointe.

De toute évidence, le fait de maintenir une tarification basse fait le bonheur des habitants. Mais un tel service est-il économiquement viable ? La construction et l’entretien des navettes sont coûteux, tout comme les terminaux dans lesquels elles s’amarrent. De plus, elles consomment du carburant, sauf pour certaines qui sont entièrement alimentées à l’électricité, comme la flotte fluviale Bat à Bordeaux, opérée par Keolis. Il y a aussi les coûts liés à la sécurité, lesquels concernent aussi bien la formation du personnel que l’équipement. Pour couvrir ces frais, les villes qui disposent déjà d’un système de transport fluvial et maritime ont la possibilité de diversifier leur offre en proposant des circuits touristiques. C’est le cas à Hong Kong, dans les Bermudes et à Dubaï, où des itinéraires et des horaires touristiques sont spécialement mis en place. Jusqu’à présent, la stratégie semble fonctionner.

Bordeaux

Bien sûr, il existe d’autres moyens, plus qualitatifs, de mesurer le retour sur investissement du transport fluvial et maritime. Lorsque le gouvernement de l’État de Lagos, au Nigeria, procède au réaménagement de son système de ferries fin 2017, il le fait dans l’objectif de réduire la circulation sur ses routes, assaillies par les embouteillages. Une étude réalisée en août 2018 par l’université de Lagos démontre que l’enrichissement du réseau de taxis, bus et voitures de la ville par des services sur voies navigables a réduit la durée moyenne des trajets d’environ 46 %.

Autres conditions indispensables au développement de services de transport de passagers par navettes fluviales et maritimes : optimiser les équipements et faciliter les connexions avec les transports terrestres. Le bus fluvial de Londres, qui passe toutes les 20 minutes, excelle dans les deux domaines. Il s’amarre à 33 arrêts le long de la Tamise, dont la plupart sont facilement reliés aux principales stations de métro. L’aménagement à bord a été pensé pour laisser beaucoup d’espace aux deux-roues (vélos et scooters) et les passagers ont accès à des toilettes, des journaux gratuits et même un bar servant du café la journée et des pintes fraîches le soir. Le coût du bus fluvial – 6,60 £ (7,50 €) contre 2,90 £ (3,30 €) pour le métro – peut avoir ralenti la croissance du service, mais ne l’a en aucun cas arrêté. En 2018, le service a transporté son 40 millionième passager. L’opérateur Thames Clippers projette déjà d’ajouter son 18e catamaran à la flotte pour accueillir 300 000 passagers supplémentaires par an. À Londres, la fréquentation continue d’augmenter, comme c’est le cas dans d’autres villes du monde. Si la tendance se poursuit, dans un avenir très proche, les trajets en bateau pourraient bien entrer dans les habitudes des citoyens.

Londres

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