Drôles d’engins

S'inspirer • Pulse #7 • 3 MIN
Par Tiphaine Clotault

En avance sur leur temps, jugés irréalistes ou incapables de réinventer la roue : de nombreux modes de transport présentés comme “révolutionnaires” ont pourtant échoué à s’imposer à leur époque. Il faut dire que depuis les formidables inventions du XIXe siècle, aucun véhicule véritablement nouveau n’a réussi à bouleverser la mobilité. À part, peut-être, la trottinette, née en tant que jouet dans les années 30.

MÉTRO PNEUMATIQUE BEACH (NEW YORK)

Ancêtre du métro new-yorkais, ce transport par tube pneumatique de 1870 était doublement innovant : premier essai souterrain, il visait aussi à remplacer la traditionnelle locomotion à vapeur. Un énorme ventilateur installé en bout de tunnel permettait littéralement de “pousser” puis “d’aspirer” un wagon situé sur les voies. Testé sous Broadway, son tracé ne dépassa jamais plus de 95 m et il fut abandonné au bout de trois ans, après avoir transporté 400 000 passagers. Aujourd’hui, l’Hyperloop d’Elon Musk s’inspire de l’aérodynamique des capsules cylindriques mais avec une propulsion par champ magnétique.

TROTTOIR ROULANT (PARIS & CHICAGO)

Équiper l’espace urbain de trottoirs roulants pour “transformer les déplacements à pied” ? L’idée est née à Chicago en 1893. À Paris, durant l’Exposition universelle de 1900, sept millions de visiteurs s’y sont laissé porter à une vitesse de 8 km/h. Son histoire s’est arrêtée là mais son lointain cousin – le tapis roulant – s’est fait une place dans les couloirs des aéroports et du métro.

LE TRAIN SUSPENDU À HÉLICES (GLASGOW)

Le Bennie Railplane – du nom de son inventeur – était un drôle de train destiné à transporter à grande vitesse (193 km/h) les passagers pressés et les denrées périssables juste au-dessus du chemin de fer classique. Et même, à relier l’Angleterre à la France, en combinaison avec un hydravion. Développé à l’état de prototype en 1929, il ne vit jamais le jour, l’entreprise ayant fait faillite entre-temps.

VÉHICULE À UNE ROUE (ROYAUME-UNI)

L’homme a tenté de prendre place à bord d’un véhicule monoroue dès 1869 en France. Mais c’est le Dynasphere, breveté en 1930 au Royaume-Uni, qui a le plus marqué l’histoire avec son modèle inspiré d’un croquis de Léonard de Vinci. Décrit à l’époque comme “le transport à grande vitesse du futur” (42 km/h), il n’a pas convaincu en raison de sa faible maniabilité.

DYMAXION À 3 ROUES (ÉTATS-UNIS)

Création de l’architecte Buckminster Fuller – aussi inventeur de la maison Dymaxion – cette voiture expérimentale de 1933 était presque “écoresponsable” avant l’heure : avec son aérodynamisme, elle consommait généralement moins de 10 l aux 100 km, et sa capacité de 11 places aurait été parfaite pour le covoiturage. Surtout, ses trois roues lui permettaient presque de tourner sur elle-même. Un tragique accident a donné son clap de fin.

L’AÉROTRAIN (FRANCE)

La vitesse, toujours… Ce train rapide sur coussins d’air guidé par un monorail en béton pourrait aujourd’hui être la norme en France, si l’État ne lui avait pas préféré le projet du TGV. De 1965 à 1969, l’Aérotrain fut testé avec succès pour des trajets de longue distance – avec des pointes à 42 km/h – et interurbains. Sa technologie sur coussins d’air tente aujourd’hui de renaître grâce à une PME française.

LES TRAINS À RÉACTION (EX-URSS & ÉTATS-UNIS)

Hélices, turbines… dès 1900, l’ingénierie ferroviaire a emprunté ses attributs de “grande vitesse” à l’aviation. Mais c’est l’installation de moteurs d’avion sur le toit, entre les années 50 et 70, qui aboutit aux trains les plus futuristes à la faveur d’une course à l’innovation entre l’URSS et les États-Unis. On retiendra particulièrement ce modèle expérimental M497 équipé de deux turboréacteurs de bombardiers américains qui atteignit 294,50 km/h en 1966.

LE BUS GÉANT “ENJAMBEUR” (CHINE)

Un véhicule surélevé pour circuler au-dessus des embouteillages ? Cette idée alléchante a fait l’objet de plusieurs projets en zones urbaines denses, notamment aux États-Unis. Un prototype sur rails capable de transporter 1 600 passagers a même été testé en 2016 à Qinhuangdao, au nord de la Chine. Mais trop haute (2,20 m) pour passer sous un pont et, surtout, très peu maniable, cette solution a fait pschitt.

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