De la voiture individuelle à la mobilité partagée, redessiner le modèle de Los Angeles

Comprendre • Pulse #3 • 4 min
Par Seleta Reynolds Directrice générale du département des transports de Los Angeles

La ville de Los Angeles a été pensée et aménagée pour l’automobile. Aujourd’hui, il est urgent de redéfinir ce modèle. Les rues sont saturées. La qualité de l’air est mauvaise un quart de l’année. La mortalité routière constitue la principale cause de décès chez les enfants. Et on compte une nouvelle voiture pour chaque nouveau résident de Los Angeles, un ratio quatre fois plus important que dans les années 1990. Si ces tendances se confirment, comment peut-on espérer que notre ville continue à prospérer ? En tant que Directrice générale du département des transports de Los Angeles, l’amélioration de la mobilité est un défi qui repose directement sur mes épaules.

J’ai passé ces quatre dernières années à élaborer un plan pour remédier à la dépendance de ma ville à la voiture. Certaines innovations dans le domaine tooltip des transports ont ouvert de nouvelles perspectives pour Los Angeles. Un avenir meilleur en matière de mobilité est possible, et je suis convaincue qu’il va arriver bien plus vite qu’on ne le pense.

Mon objectif est que d’ici les Jeux olympiques de 2028, que nous accueillerons, Los Angeles devienne un modèle de mobilité autonome, partagée, équitable et durable.

D’ici 2028, les véhicules autonomes et les taxis aériens feront partie intégrante d’un réseau de transport parfaitement harmonisé et intermodal. Les institutions de la ville joueront un rôle beaucoup plus proactif dans la gestion de la circulation des biens et des personnes. Des initiatives menées par les communautés locales redessineront les rues pour réduire fortement la mortalité routière et réattribuer des espaces aux parcs et esplanades publics. Nous aurons converti nos autobus et nos véhicules municipaux à l’électrique et nous aurons également dirigé nos efforts vers l’égalité sociale, afin que chacun accède à des solutions de transport optimales. Si nous y parvenons, la qualité de l’air s’en trouvera largement améliorée, nos rues seront plus sûres et nous nous débarrasserons enfin de cette réputation tenace de ville étouffée par les embouteillages. 

RÉIMAGINER NOTRE RÔLE

Pour réussir une telle transformation, nous devons repenser le rôle du département des transports. Auparavant, nous ne disposions que d’une vision statique et très parcellaire des habitudes de déplacement de nos habitants. Nous n’avions pas de base de données sur les espaces dédiés ou interdits au stationnement, et nous nous appuyions seulement sur les informations fournies par les multiples opérateurs de transport privés. Aujourd’hui, nous proposons aux entreprises de participer activement à l’alimentation d’une base de données commune que nous utiliserons notamment pour le déploiement de nos services de scooters électriques et de covoiturage. Sur ce sujet, les entreprises comme Uber et Lyft adoptent désormais une posture très différente de celle qu’elles avaient au moment de leur implantation. Enfin, nous sommes en train de créer une base de données dynamique couvrant toutes les infrastructures de la ville.

Les Autorités Organisatrices de Transport ont longtemps adopté une attitude antagoniste à l’égard des entreprises privées. Elles leur ont imposé des procédures contractuelles longues et fastidieuses avant de mettre leurs données à disposition. Par le passé, nous avons laissé des technologies et des infrastructures (comme les autoroutes) remodeler complètement notre configuration urbaine, sans penser à l’impact social d’une expansion non maîtrisée à long terme. Demain, il faut s’attendre à ce que les systèmes autonomes deviennent une réalité dans nos rues et notre espace aérien. Ils doivent être bien intégrés au réseau de transport public et en phase avec les objectifs de développement durable et équitable de la ville. Les véhicules autonomes ont le potentiel pour résoudre bon nombre de nos problèmes de mobilité. Cependant, si elle est laissée aux mains de forces purement commerciales, l’autonomie augmentera la congestion, les problèmes de sécurité, et exacerbera les inégalités. C’est pourquoi nous travaillons dès aujourd’hui en étroite collaboration avec des fabricants de véhicules autonomes pour nous assurer que la technologie est compatible avec nos infrastructures et alignée sur nos objectifs.

Encourager la co-construction citoyenne

Enfin, par le passé, nous avons considéré l’implication des citoyens comme une corvée. Nous avons créé des applications en ligne qui ont supprimé les interactions humaines. Aujourd’hui, nous nous efforçons de poser les bonnes questions à nos partenaires au sein des communautés. Les femmes se sentent-elles en sécurité dans les transports en commun ? Comment pouvons-nous faciliter les déplacements à pied et à vélo pour que les gens se sentent plus en sécurité ? Est-ce que nos autobus desservent les bons endroits ? Comment la micro-mobilité, les pistes cyclables protégées et les scooters électriques pourraient-ils être utilisés en complément des autobus pour proposer des solutions souples qui incitent à moins conduire ?

Au cours des 12 derniers mois, nous sommes parvenus à mettre en place une administration des transports qui fonctionne davantage comme une plateforme de services sur laquelle il est possible de se greffer. Cela nous permet de mieux accompagner tous les citoyens dans leurs déplacements à Los Angeles, de la manière la plus durable possible.

Je ne peux pas savoir avec certitude comment la mobilité va se développer dans notre ville, mais je peux vous assurer que notre volonté est de concrétiser nos mesures grâce à la technologie et grâce à l’implication citoyenne.

Seleta Reynolds

est la Directrice générale du département des transports de Los Angeles. Sa mission principale est de faire de Los Angeles une ville modèle d’ici les Jeux olympiques de 2028. Elle a notamment mis en place le plan « Great Streets », qui vise à réduire les accidents de la route, à faciliter la circulation à vélo et à favoriser l’accès aux transports collectifs.

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