Comment rendre le transport accessible à tous ?

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Par Jean-Pierre Montal

Handicap visible ou invisible, déficiences, problèmes de santé, illettrisme… nous ne sommes pas tous égaux face à la mobilité. Focus sur des initiatives qui la rendent plus inclusive, en réponse à quatre grandes fragilités étudiées dans le cadre de l’Observatoire des usages et des modes de vie Keoscopie.

pour approfondir

« La mobilité, ça s’apprend ! »

1 min

1- DES « APPS » POUR ACCOMPAGNER LES HANDICAPÉS

Douze millions de personnes souffrent d’un handicap moteur, visuel, auditif ou psychique en France (Source). La loi européenne prévoit pour elles une « accessibilité généralisée » aux transports. En France, la loi Handicap impose aux transports publics d’être 100 % accessibles aux personnes à mobilité réduite (PMR) en 2018, 2021 pour les liaisons interurbaines et 2027 pour l’ensemble du trafic ferroviaire (Source). Outre l’aménagement du matériel roulant, le partage de l’information constitue un levier essentiel dans l’accès aux transports pour les personnes handicapées. L’application Iwheelshare propose une carte interactive et évolutive qui recense les lieux – pas uniquement les transports – facilement accessibles en fauteuil. Ce sont les utilisateurs eux-mêmes qui enrichissent la carte au quotidien. Autre exemple : Audiospot, qui s’adresse aux non-voyants. Cette application localise l’utilisateur et lui donne, à voix haute, les renseignements utiles sur son trajet, comme l’arrêt de bus le plus proche, les lignes qui le desservent et l’horaire du prochain passage.


2- FORMER POUR RÉDUIRE LES FRAGILITÉS DIGITALES

Plus de mobilité passe aussi par une meilleure maîtrise des services existants, notamment des outils digitaux. Un point critique pour les seniors, souvent désorientés par la digitalisation généralisée de la société, mais aussi pour les personnes qui n’ont pas les moyens financiers de s’équiper d’un smartphone. Bordeaux Métropole a opté pour une « plateforme de mobilité », lancée par Keolis en partenariat avec Wimoov. Il s’agit d’un réseau de permanences installées dans les 28 communes de la métropole et animées par des conseillers en mobilité. Leurs missions : aider les passagers à se familiariser avec le réseau, leur faire découvrir de nouvelles solutions de mobilité adaptées à leurs besoins, et les « former » aux usages digitaux associés à la mobilité (billettique, recherche d’itinéraires…).  80 % des personnes âgées qui ont bénéficié du service se déplacent désormais plus régulièrement et estiment se sentir plus à l’aise dans leurs usages des transports.


3- DES BUS POUR AIDER LES MALADES D’ALZHEIMER

La démence dégénérative (dont la maladie d’Alzheimer représente 60 à 70 % des cas) touche 47,5 millions de personnes dans le monde avec près de dix millions de nouveaux cas chaque année (Source). Selon les cas, dans les premières phases de la maladie, les personnes atteintes peuvent continuer à se déplacer en transports en commun afin de conserver leur autonomie et de ne pas s’isoler. L’Angleterre a décidé de prendre cette question de santé publique à bras-le-corps. Plus de 200 communes revendiquent le label dementia friendly (accueillante vis-à-vis des personnes souffrant de démence). Les bus ont fait l’objet d’aménagements spécifiques avec des annonces plus compréhensibles et des éléments de signalisation beaucoup plus visibles, et adaptés à cette maladie qui trouble l’attention. Mais le programme va plus loin : il associe les personnes atteintes de démence à la conception intérieure des bus et forme les chauffeurs et contrôleurs à l’accueil de ces passagers.


4- UNE SIGNALÉTIQUE ADAPTÉE POUR FAIRE FACE À L’ILLETTRISME

14 % de la population mondiale (soit 750 millions de personnes) ne savent ni lire ni écrire ou éprouvent des difficultés dans ces deux activités (Source). Dans le métro de Melbourne, les stations ont été numérotées et renommées par un mot lié à l’environnement urbain visible (monument spécifique identifié de tous, par exemple). Le plan devient ainsi plus concret et plus évident pour tous les publics. Autre initiative à Mexico, où le taux d’illettrisme est évalué à 10 % de la population. Pour favoriser la mobilité, le service des transports de la municipalité a fait appel au célèbre graphiste américain Lance Wyman, afin de concevoir une signalisation intégralement fondée sur des icônes (pour symboliser les monuments connus) et des pictogrammes (pour désigner les connexions, les sorties, les lieux d’information…). Un système mis en place dès 1969 et qui évolue avec le métro de la ville. Mexico se fait alors plus « lisible » et accessible.

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