Au boulot !

Comprendre • Pulse #4 • 4 min
Par Caroline Mouy

L’automobile constitue le principal mode de transport pour 64 % des personnes qui travaillent (Source) et un actif sur cinq dans le monde consacre plus d’1h30 par jour à ses trajets professionnels (Source). Avec les conséquences que l’on connaît : congestion, pollution, accidents, stress… Premières responsables de l’organisation du travail, les entreprises ont un rôle majeur à jouer dans le changement des comportements et le développement de la mobilité partagée.

L’urgence environnementale et l’augmentation de la congestion dans les zones urbaines ont accéléré l’émergence d’outils de management de la mobilité, notamment aux États-Unis et en Europe, avec le développement de plans de mobilité élaborés par des entreprises. Objectif : réduire l’auto-solisme en encourageant la mobilité partagée (transports collectifs, covoiturage…) ou active (marche, vélo…).

DES PLANS DE MOBILITÉ EN PLEIN ESSOR

Parmi les toutes premières entreprises à avoir initié la mise en place d’un plan de mobilité, figure l’aéroport Stansted de Londres, initialement mal desservi en transports collectifs. Dès 2002, l’aéroport s’est engagé dans un plan de mobilité permettant de passer, en cinq ans, la part des salariés utilisant les transports collectifs de 7 % à 17 %.

Siemens Belgique fait également figure de précurseur. Après avoir incité ses collaborateurs à utiliser les transports collectifs et la bicyclette en prenant une partie des frais à sa charge, l’entreprise propose désormais des aides aux conducteurs d’une voiture de société. S’ils choisissent un véhicule plus petit ou à la motorisation moins importante, ceux-ci peuvent dégager une enveloppe à allouer à d’autres solutions de mobilité.

Et depuis une quinzaine d’années déjà, dans la Silicon Valley (États-Unis), es navettes privées transportent tous les jours plusieurs milliers de personnes de San Francisco vers les bureaux des géants de la high-tech, à 50 km de là. Aujourd’hui, ces initiatives prennent un nouvel essor avec l’adoption, dans certains pays, d’un cadre réglementaire et législatif plus contraignant pour les entreprises. En Italie, les entreprises de plus de 300 salariés sont obligées d’avoir un « manager de la mobilité ». Et en France, la loi sur la transition énergétique pour la croissance verte a rendu obligatoire, depuis le 1er janvier 2018, la mise en place d’un plan de mobilité pour toute entreprise regroupant plus de 100 collaborateurs sur un même site. La future loi d’orientation des mobilités ira encore plus loin et imposera à toutes les entreprises de plus de 50 salariés de discuter des questions de déplacement lors des négociations obligatoires avec les partenaires sociaux.

DE MULTIPLES BÉNÉFICES POUR L’ENTREPRISE

Toutes ces démarches pour encourager la mobilité partagée coïncident avec une réflexion grandissante des entreprises sur la flexibilité dans leur organisation. Les plus innovantes en la matière recherchent des solutions liées à la localisation des espaces de travail, au travail à distance ou à la flexibilité des horaires pour réduire les trajets professionnels.
En effet, au-delà de leur contribution environnementale, les plans de mobilité peuvent se révéler très bénéfiques pour les entreprises en matière d’attractivité, de qualité de vie au travail, d’absentéisme… et d’économie. Le cabinet de conseil BeMobi (Source) estime que leur mise en place permettrait de réduire de 5 % à 20 % les coûts liés à la mobilité dans le budget des entreprises (abonnements ou frais kilométriques, coût de la flotte de véhicules de service et de sa gestion, coût du stationnement…).

Alors qu’une étude du Laboratoire de la Mobilité Inclusive (Source) révèle que 41 % des employeurs français ont rencontré des difficultés à pourvoir un poste et 59 % ont essuyé un refus à l’embauche pour des questions de mobilité.

ALLER AU-DELÀ DES MODES DE TRANSPORT

Malgré tous les bénéfices d’un plan de mobilité, les retours d’expérience montrent encore de fortes résistances au changement. Une clé de succès ? La capacité des entreprises à ne pas s’attacher seulement aux moyens de transport. « La réflexion commence par la prise en compte de l’activité qui est à l’origine des déplacements, pour se pencher ensuite, mais ensuite seulement, sur la recherche de solutions de mobilité », explique Jean-Luc Hannequin, copilote de la plateforme Booster de Mobilité Augmentée (BMA), un dispositif d’intervention qui aide les responsables d’organisations à transformer les mobilités (Source).

La société de BTP Cardinal Edifice fait partie des entreprises pionnières de la démarche. « Elle gère simultanément plus de 40 chantiers. Pour limiter les pertes de temps liées aux déplacements entre les différents sites, elle a développé un logiciel pour mieux concevoir l’organisation des chantiers et mieux affecter le personnel en fonction des besoins en compétences, des qualifications des personnes et de leur lieu d’habitation. »

Reste maintenant à convaincre plus massivement les entreprises. En France, par exemple, seuls 8 % des établissements français assujettis à l’élaboration d’un plan de mobilité seraient en conformité réglementaire en janvier 2019 (Source). Le chemin est encore long !

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