À flux… détendus !
Désaturer les réseaux grâce au TDM*

Découvrir • Pulse #7 • 4 MIN
Par Julien Thèves

Que faire quand la capacité d’un métro ou d’un train a atteint ses limites et qu’il n’est plus possible d’étendre le réseau ou d’affecter davantage de matériel roulant ? Le *Travel Demand Management (TDM) vise à jouer sur la demande de mobilité pour fluidifier les transports collectifs. Cette solution de gestion du Mass Transit pourrait changer la donne pour les grandes métropoles.

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Qu’est-ce qui se cache derrière l’acronyme TDM ? Le Travel Demand Management, un concept de gestion de la mobilité né aux États-Unis suite aux chocs pétroliers de 1973 et 1979. Pour économiser de l’énergie et fluidifier les axes routiers, les automobilistes étaient incités à délaisser leur voiture via des leviers financiers (péages, fiscalité), des campagnes de communication et une offre de transports collectifs adaptée. Ces dernières années, le TDM est devenu un outil de gestion du Mass Transit qui permet de faire mieux avec l’existant, en agissant sur quatre leviers : “Re-duce” (réduire ses déplacements), “Re-time” (décaler son départ pour éviter les pointes), “Re-mode” (choisir un mode alternatif comme le vélo, la marche ou le bus) ou “Re-route” (opter pour un autre itinéraire).

Écrêter les pointes

“Dans un contexte de saturation récurrente des réseaux et de tension sur leurs financements, le TDM est progressivement devenu une solution privilégiée pour les grandes métropoles mondiales”, explique Agnès Grisoglio, directrice de la Transformation et de la Mass Transit Academy à la SNCF. “En Île-de-France, les équipes de Transilien, en lien avec la Région, les territoires et l’AOM, mettent ainsi en place des initiatives TDM pour faire face aux heures de pointe ou aux périodes de travaux par exemple. Nous agissons sur les lignes, gares et créneaux horaires les plus demandés (La Défense, Plaine Commune…). À partir de la connaissance de l’affluence, nous régulons la demande, via l’incitation à utiliser les transports plus tôt ou plus tard, le matin et le soir. Et également, via la concertation avec les « générateurs de flux » que sont les entreprises ou les universités, pour autoriser des arrivées et des départs selon des plages horaires étendues”. D’autres initiatives se multiplient dans le monde. À New York, les tickets des trains de banlieue sont vendus moins chers aux heures creuses ; à Melbourne, les transports sont même gratuits pour ceux qui les empruntent avant 7 h 15 du matin. D’autres métropoles rivalisent d’originalité pour faire préférer les heures moins saturées aux voyageurs – via un système de points convertibles en jeux de hasard à San Francisco, et même des nouilles gratuites offertes à Tokyo !

Le Covid change les habitudes

En 2020-2021, la crise sanitaire a imposé la distanciation sociale ; le TDM est venu jouer un rôle essentiel dans la régulation des flux. En Australie, en Nouvelle-Galles-du-Sud, l’opérateur a ainsi augmenté la réduction offerte aux voyageurs en heures creuses (elle est passée à – 50 % de juillet à septembre, au plus fort du rebond épidémique, contre – 30 % auparavant), tandis que des systèmes de réservation de créneaux ont été testés dans le métro de Pékin, de 6 h 30 à 9 h 30 du matin en semaine, dès le début de la pandémie. “La crise sanitaire a montré que les voyageurs étaient effectivement capables de décaler leurs horaires de transport. Nous devrons nous appuyer sur ces changements de comportements pour aider nos clients à mieux voyager demain, en offrant un trajet plus confortable dans des rames moins bondées, donc plus ponctuelles”, explique Agnès Grisoglio.

Chronique de saturations annoncées

Au-delà des enjeux du quotidien et des impératifs liés au Covid, les opérateurs doivent anticiper bien en amont les grands événements qui feront augmenter massivement la demande – fréquents au sein des métropoles. À nouveau, le TDM s’y présente comme une solution d’avenir – et bien souvent la seule tenable. En 2012, Transport for London (TfL) se prépare à une forte hausse des flux lors des Jeux Olympiques (+ 30 % de passagers attendus). L’AOM lance alors l’opération “Keep London Moving” pour inciter les voyageurs à modifier leurs trajets. Pari gagné : lors des Jeux, un voyageur sur trois change ses habitudes et la demande globale de transport baisse de 5 %. “– 5 %, cela parait faible mais c’est suffisant pour redonner de la capacité au réseau et le rendre plus robuste, alors que nous faisons face à une hyper concentration des emplois sur certains territoires”, explique Agnès Grisoglio.

La France, Île-de-France Mobilités et ses partenaires (SNCF, RATP, pouvoirs publics, comité des Jeux) sont d’ores et déjà sur le pied de guerre pour faire de l’édition 2024 une réussite. Pour Agnès Grisoglio, l’enjeu est énorme : “Nous avions déjà l’habitude d’utiliser le TDM en période de fortes affluences ponctuelles liées à de grands événements. Mais quand on sait que les JO représenteront 40 fois la Coupe du monde de football ou de rugby, il faut imaginer le TDM qui permettra au réseau de Mass Transit de prouver sa robustesse et son efficacité à la fois pour assurer la mobilité des spectateurs des Jeux Olympiques et celle, au quotidien, des Franciliens.”

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